Samedi dernier, pendant que vous étiez bêtement occupés à choisir entre la plage et la sieste, le gouvernement, lui, travaillait en loucedé et publiait discrètement au Journal officiel le décret actant la « Stratégie nationale bas-carbone » troisième du nom, la fameuse SNBC-3, qui grave dans le marbre réglementaire la trajectoire française vers la neutralité carbone en 2050.

Un décret, un samedi de juillet, sans vote parlementaire sur le fond… Tout ceci n’a rien d’un hasard et la méthode résume assez bien le projet.

Et quel projet !

Jugez plutôt : fin du charbon en 2030, fin du pétrole en 2045, fin du gaz fossile en 2050, le tout assorti de « budgets carbone » sectoriels contraignants pour l’énergie, le bâtiment, l’agriculture et les transports, comme le détaillent Les Echos avec le sérieux comptable qui sied à l’inventaire actuariel avant naufrage.

Bien sûr, le vocabulaire employé ici est technocratique, feutré et volontairement rassurant : on parle de trajectoires, de feuilles de route, de planification. Cela évite habilement d’évoquer des « rationnements », ce qui serait vulgaire. Après tout, la décroissance ne s’annonce d’ailleurs jamais comme telle : elle arrive toujours en costume-cravate, un classeur sous le bras, avec un paquet de diapos sur les co-bénéfices éco-conscients en bio-syntonisation.

Cependant, l’Histoire ne laisse guère de doute sur ce que produit le rationnement de l’énergie : de la ruine, puis de la misère, dans cet ordre et sans exception connue.

En outre, on admirera le timing particulièrement diabolique de ces choix écologiques : la France, souveraine et apparemment plus très lucide, semble ainsi décidée à se tirer une (énième) balle dans le pied (discipline olympique qu’elle remporte haut la main assez régulièrement) au moment où la même expérience grandeur nature tourne déjà, sous nos yeux, juste de l’autre côté du Rhin.

Eh oui : nos frétillants voisins Teutons testent déjà pour nous tout l’attirail proposé : sortie du nucléaire, tout-renouvelable, énergie chère érigée en vertu civique, …

Les résultats sont tombés et ils sont, comment dire, pédagogiques : selon Destatis (l’INSEE allemande), la production des vilaines industries énergivores allemandes s’est effondrée de 15,2 % entre février 2022 et mars 2026, et la méchante industrie polluante dans son ensemble a reculé de 9,5 %, quatrième année consécutive de baisse.

Volkswagen supprime des emplois par dizaines de milliers, Thyssenkrupp se démembre, la chimie délocalise vers des cieux où l’électron ne coûte pas le prix du safran, bref, l’ancien moteur industriel de l’Europe cale, fume, et personne à Berlin ne semble pressé d’ouvrir le capot.

Et voilà donc le modèle que Paris, jamais en manque d’une bonne idée déjà ratée ailleurs, s’empresse de copier par décret.

Copier, et même surpasser : la France ajoute bien évidemment sa touche personnelle puisqu’elle fait tout cela en étant déjà ruinée.

Rappelons les données du problème, pour les distraits du fond : une dette publique à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, un déficit chronique, une désindustrialisation presque complètement achevée, des hôpitaux à l’os et une école en déliquescence…