Introduction

Les circonstances qui nécessitèrent la prophétie d’Aggée nous reportent aux derniers événements de l’Ancien Testament. Lorsque la ruine morale d’Israël fut arrivée au dernier terme, Dieu déclara ce peuple: «Lo-Ammi» (pas mon peuple).

Longtemps après, les dix tribus furent emmenées en captivité, et plus tard encore, Juda et Benjamin. L’ennemi renversa et détruisit Jérusalem et le temple, déjà privé de la gloire de Dieu. Dès lors, aux yeux des hommes, il n’y eut plus de maison de Dieu sur la terre.

Les soixante-dix années de captivité, annoncées par les prophètes (Jér. 25: 11, 12 ; Dan. 9: 2), ayant pris fin, Cyrus fut suscité pour la restauration du peuple. À l’appel du roi, en l’an 536 A. C., un résidu de Juda et de Benjamin, en tout 49697 hommes, remontèrent à Jérusalem, sous la conduite de Zorobabel et de Joshua, afin de bâtir la maison de l’Éternel (Esdras 1: 2, 3).

Au septième mois, ils rebâtissent l’autel sur son emplacement (Esdras 3: 2, 3), y offrent leurs sacrifices, et rétablissent ainsi le grand témoignage public de leurs relations avec Dieu.

«La seconde année de leur arrivée à la maison de Dieu à Jérusalem», ils posent les fondements du temple avec une joie mêlée de tristesse. Les ennemis de Juda s’offrent à participer à l’oeuvre du peuple de Dieu ; les chefs s’y refusent, mais le reste du peuple prend peur et l’ouvrage est abandonné.

L’interruption dure seize ans, motivée pendant six ans par la peur seule, et, pendant dix autres années, par l’ordre absolu de ne pas travailler, enjoint par Assuérus. Cette défense doit être considérée comme le châtiment de Dieu sur le résidu à cause de son manque de foi.

En la deuxième année de Darius, les prophètes Aggée et Zacharie sont suscités ; leur exhortation produit son effet. Dès lors, tout change; le peuple ne s’inquiète plus des rois, ni des hommes et de leur opposition ; le travail recommence, et ce grand édifice s’achève au bout de quatre années.

Pendant tout ce temps, ils prospèrent, non par l’ordre de Darius, mais «par la prophétie d’Aggée… et de Zacharie», et achèvent leur ouvrage «selon l’ordre du Dieu d’Israël» dont émanent les décisions des souverains qui les gouvernent. (Esdras 6: 14).

En l’an 515 av. J.-C. (Esdras 6: 15), la maison étant achevée, le peuple célèbre joyeusement la Pâque et la fête des pains sans levain (Esdras 6: 19-22).

C’est ici que se termine la première partie du livre d’Esdras qui a trait à notre prophétie. Elle comprend trois grands faits: 1° la construction de l’autel ; 2° la pose des fondements — puis, après une parenthèse de seize années, suivies d’un réveil du peuple, 3° l’édification et l’achèvement de la maison.

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Cette histoire d’Israël a, pour nous aussi, de l’importance. «Toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints» (1 Cor. 10: 11). Les circonstances du peuple terrestre peuvent être mises en regard de celles du peuple céleste, avec cette différence toutefois que les événements matériels d’Israël ont pour nous, chrétiens, une contrepartie spirituelle.

Cela n’est-il pas évident dans le cas de l’Église? Elle est, comme Israël, d’institution divine ; comme lui, elle est établie ici-bas sur le pied de sa responsabilité ; comme lui, elle a failli et a été complètement ruinée, l’homme y ayant introduit des éléments corrompus et corrupteurs. Où trouve-t-on Israël aujourd’hui ? Où trouver maintenant l’Église de Dieu ? Sans doute, aux yeux de Dieu, elle continue à exister dans son unité, et la foi la voit ainsi. Sans doute, Celui qui en est l’architecte comme il en est l’époux, se la présentera glorieuse à la fin ; mais, livrée à sa responsabilité, elle n’est plus, aux yeux du monde, qu’un misérables amas de ruines (*).

(*) Dans cet article, nous ne parlons que de l’Église, maison de Dieu, dont l’édification est confiée à la responsabilité de l’homme. La parole de Dieu considère encore l’Église à d’autres points de vue. Nous n’aborderons pas ce sujet.

La ruine étant consommée, Dieu appelle de nos jours, comme aux jours d’Esdras, un faible résidu à rebâtir Sa maison. Pour un Juif, la maison de Dieu était le temple matériel où il lui plaisait de faire habiter son nom; pour un chrétien, elle est un temple spirituel composé de pierres vivantes, destiné à être «une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2: 22).

Remarquez qu’il ne s’agit nullement, pour le résidu d’Israël, de rebâtir une seconde maison, ou pour le résidu chrétien de réédifier une nouvelle Église. Plusieurs s’y sont trompés et ont tenté, dans l’ignorance des pensées de Dieu et avec la suffisance de la chair, de rebâtir une nouvelle maison. On les entend parler de «leur Église», comme s’ils avaient réédifié quelque chose selon Dieu. Leur travail n’est qu’une ruine nouvelle ajoutée aux anciennes. Le Saint Esprit a soin de nous mettre en garde contre une telle folie. Aux yeux de Dieu, l’Église, aussi bien que le temple en Israël, est une, reste une, et il n’y en aura jamais une seconde. De là, quant au temple, des expressions comme celles-ci: Ils «commencèrent à bâtir la maison de Dieu qui est à Jérusalem» (Esdras 5: 2). Quoique détruite, elle y était toujours. «Nous bâtissons la maison qui fut bâtie anciennement, il y a bien des années» (Esdras 5: 11). La maison nouvelle est la même que l’ancienne. Le roi de Babylone «détruisit cette maison… le roi Cyrus donna ordre de bâtir cette maison de Dieu» (Esdras 5: 12, 13).

La maison réédifiée est la même que la maison détruite. Et encore, en Aggée, parlant d’un temps à venir : «Je remplirai cette maisonde gloire», et «la dernière gloire de cette maison sera plus grande que la première (Aggée 2:7, 9).

Le prophète ne dit pas: La gloire de cette dernière maison, car si la gloire est différente, la maison reste toujours la même aux regards de Dieu et de la foi. De fait, il y eut dans le passé plusieurs temples : le temple de Salomon, celui de Zorobabel, celui d’Hérode ; il y en aura un futur, celui de l’Antichrist, et un final, le temple millénaire d’Ézéchiel. Or Dieu n’en compte pas cinq, mais un seul. Pour nous, rebâtir la maison de Dieu, n’est donc pas rebâtir une nouvelle maison, mais remettre en lumière, et cela dans un temps de ruine, la maison de Dieu telle que Celui-ci l’avait établie.

Aujourd’hui, comme jadis, c’est la fonction de tous ceux que Dieu a réveillés pour restaurer la vérité de l’Église au milieu de la corruption actuelle. Ils ont à rendre un témoignage pratique à ce qu’elle doit être. Une telle restauration ne va pas sans un sentiment de tristesse et d’humiliation profondes. Pour les deux ou trois d’Israël qui rebâtissaient la maison, la joie de voir les fondements établis de nouveau, était mêlée de pleurs amers, quand ils comparaient la pauvreté actuelle de ce travail avec la richesse et la plénitude de l’institution première (Esdras 3: 11-13).

Ceux qui ignorent ce qu’est l’Église, s’imaginent que cette oeuvre de restauration a eu lieu lors de la Réforme et que, ce que l’on appelle l’Église protestante, en a été la manifestation. Rien n’est plus faux que cette vue. Ce qui caractérise la Réformation, c’est la parole de Dieu, brisant les liens par lesquels Satan avait cherché à l’enchaîner. Cette Parole remit en lumière les grandes vérités du salut individuel, tandis que, établissant des églises de multitude, la Réforme ignorait, bien plus reniait, la vérité de l’Église du Dieu vivant.

Le premier témoignage du résidu d’Israël fut, comme nous l’avons vu au livre d’Esdras, le rassemblement autour de l’autel réédifié. De nos jours, il en a été de même. C’est la table du Seigneur qui a réuni les quelques témoins que Dieu a suscités pour «rebâtir» sa maison. Réunir les chrétiens autour de la Cène, ce n’est rien en apparence, mais en réalité c’est tout. Autour de la table du Seigneur, ses rachetés proclament qu’ils possèdent une relation vivante avec Dieu, basée sur la rédemption. Cette table réunit tous ceux qui ont part au salut, et leur caractère exclut le monde d’une manière absolue et les en sépare, pour les constituer en une unité dont la table du Seigneur est le signe (1 Cor. 10: 16, 17).

La restauration de l’autel n’est pas une chose à faire, car elle a eu lieu de nos jours. La table du Seigneur est dressée ; nul n’a la mission d’en dresser une autre. Un faible résidu de croyants y proclame l’unité du corps de Christ. Qu’importe leur nombre, si l’autel est réédifié. La table du Seigneur ne se trouve nullement, comme beaucoup le prétendent, dans toutes les sectes de la chrétienté. Celles-ci conservent sans doute un mémorial de la mort de Christ, mais elles ignorent complètement que le caractère de ce même mémorial est de séparer les enfants de Dieu du monde et d’être le signe visible de l’unité du corps de Christ. Vis-à-vis de l’Ennemi, la sécurité du pauvre résidu de la transportation était là : «Ils établirent l’autel sur son emplacement ; car la terreur des peuples de ces contrées était sur eux» (Esdras 3: 3). L’union des enfants de Dieu, autour du signe visible de l’unité de l’Église, ne peut convenir à Satan. Son pouvoir sur eux est réduit à néant, tant qu’ils maintiennent cette unité; aussi l’Ennemi a-t-il en vue (et il n’y réussit que trop bien) de la détruire en dispersant les brebis.

Les bienfaits de la réunion des croyants autour de la table du Seigneur ne se font pas attendre. Des lumières nouvelles accompagnent nécessairement l’obéissance à la parole de Dieu, et les âmes reviennent à l’enseignement apostolique et à Christ, seul fondement sur lequel l’Assemblée puisse être bâtie.

Christ ayant été reconnu comme le seul centre de notre rassemblement, il s’agit maintenant d’ajouter des pierres vivantes à l’édifice, et les difficultés ne tardent pas à surgir. Ce qui arriva au pauvre résidu en est la preuve. «Nous bâtirons avec vous», disent les ennemis de Juda et de Benjamin. Si ces derniers y avaient consenti, ç’aurait été la négation même de cette unité du peuple de Dieu qui venait d’être remise en lumière par l’autel et par les fondements du temple. Dieu ne permet pas la réussite de ce plan. La bénédiction que les fidèles ont trouvée dans leur unité comme peuple de Dieu, leur fait repousser avec indignation toute action commune avec le monde: «Vous n’avez pas affaire avec nous pour bâtir une maison à notre Dieu, mais nous seuls, nous bâtirons à l’Éternel, le Dieu d’Israël» (Esdras 4: 3). La ruse de l’ennemi est déjouée, mais il n’abandonne pas la partie; il agit par la frayeur et soulève l’opposition, puis les persécutions contre les fidèles. Toutes sortes de raisons aidant, leurs mains deviennent lâches. Israël finit par se désintéresser de la bâtisse et abandonne l’oeuvre commencée.

Que de désertions, nous aussi, n’avons-nous pas vu se produire de nos jours !

C’est à ce moment qu’Aggée intervient pour montrer au résidu les causes qui, après ces commencements de force et de joie, avaient entravé l’oeuvre que Dieu lui avait confiée. Puissions-nous trouver aussi dans notre prophète les exhortations et les encouragements dont nous avons besoin aujourd’hui.

Chapitre 1

Voici quel était le raisonnement du peuple au moment où Aggée lui fut envoyé : «Le temps n’est pas venu, le temps de la maison de l’Éternel, pour la bâtir» (1 : 2). À quoi bon ce travail qui ne peut aboutir ? Hélas ! combien cette parole est fréquente parmi les chrétiens, même parmi ceux qui, après avoir mis la main à l’ouvrage, estiment leurs efforts superflus. Cela a un nom: le découragement, dont le motif est la peur et notre incapacité de résister aux obstacles que la puissance de l’Ennemi nous oppose. Demandons-nous si ce découragement n’est pas un outrage à la puissance et à la fidélité de notre Dieu ?

Mais le prophète va nous montrer que le découragement lui-même n’était au fond qu’un prétexte. Derrière lui se cachait un principe que le résidu soupçonnait à peine, ou dont il ne connaissait pas la gravité : l’égoïsme et la mondanité.

«  Est-ce le temps pour vous d’habiter dans vos maisons lambrissées, tandis que cette maison est dévastée ?» (1: 4).

Le peuple de Dieu estimait ses propres affaires plus que celles de la maison de l’Éternel. Il s’établissait à l’aise, se laissait envahir par le luxe en lambrissant ses maisons, et les intérêts du temple étaient rejetés à l’arrière-plan.

Les fondements sont à peine sortis de terre, que, suivant notre pente naturelle, nous retournons à nos maisons et ne pensons qu’à y trouver un endroit de repos pour nous et les nôtres. Nous avions commencé par suivre Celui qui n’avait pas un endroit où reposer sa tête, et maintenant c’est nous qui le traitons en étranger et lui accordons à peine un chez-lui au milieu de ceux qu’il a sauvés et dont il a fait sa maison. Ah ! certes, le zèle de la maison de Dieu ne nous a pas dévorés comme Lui ! Nous aimons le confort de nos maisons lambrissées, nous ravalant ainsi, nous bourgeois du ciel, au niveau de «ceux qui habitent sur la terre !».

Maintenant, remarquons ce mot : «Considérez bien vos voies» (1: 5), ce mot qui revient jusqu’à cinq fois dans cette courte prophétie. Arrêtons-nous pour méditer sur nos voies ; considérons leur conséquence. Cette conséquence, c’est la discipline du Seigneur sur nous, au sujet de notre mondanité et de notre égoïsme:

«Vous avez semé beaucoup, et vous rentrez peu; vous mangez, mais vous n’êtes pas rassasiés; vous buvez, mais vous n’en avez pas assez ; vous vous vêtez, mais personne n’a chaud ; et celui qui travaille pour des gages, travaille pour les mettre dans une bourse trouée» (v. 6).

Souvenons-nous des paroles, des prédications, des vérités largement répandues, quand Dieu nous fit la grâce de nous réunir autour de la table du Seigneur. Comme la semence se multipliait alors entre nos mains ! Le temps de la récolte venu, où se sont trouvées des granges ployant sous le poids de la moisson? «Vous rentrez peu !»

Était-ce que la semence fît défaut ? Non, c’est nous qui faisions défaut !

Mais la discipline de Dieu n’atteint pas seulement notre oeuvre ; elle nous frappe personnellement. «Vous buvez, mais vous n’en avez pas assez.» Peut-être nous occupons-nous beaucoup de la parole de Dieu. Combien de questions intéressantes élucidées, de difficultés résolues, de doctrines établies et apprises ? N’y a-t-il pas là de quoi rafraîchir nos âmes ? Non, le coeur reste desséché, et nous continuons à boire sans étancher notre soif. Et de plus, ayant de quoi se vêtir, «personne n’a chaud» ; nous restons froids. Enfin, le fruit du travail, en vue de thésauriser pour soi-même, s’écoule à travers les trous de la bourse sans qu’il en reste rien !

«Ainsi dit l’Éternel des armées : Considérez bien vos voies : Montez à la montagne et apportez du bois, et bâtissez la maison; et j’y prendrai plaisir, et je serai glorifié, dit l’Éternel. Vous vous attendiez à beaucoup, et voici, ce n’a été que peu; et vous l’avez apporté à la maison, et j’ai soufflé dessus. Pourquoi ? dit l’Éternel des armées. À cause de ma maison, qui est dévastée — et vous courez chacun à sa maison.»

Oui, considérons une seconde fois nos voies. Le travail selon Dieu, c’est d’ajouter des matériaux vivants à Sa maison. Ce n’était pas ce travail seul que le résidu poursuivait; il avait cherché à réunir deux choses inconciliables : l’oeuvre de la maison de Dieu et la satisfaction de ses propres intérêts :

«Vous courez chacun à sa maison».

Ces choses ne pouvaient s’allier. Dans une telle association c’est toujours le côté de Dieu qui souffre. Ils avaient «peu apporté» à la maison de Dieu. Mais lui qui ne veut pas des coeurs partagés, avait «soufflé dessus». Leur peu de travail s’était réduit à rien. Tel était le jugement de l’Éternel sur leur activité. Il ne leur confiait plus les matériaux pour bâtir, du moment qu’ils bâtissaient pour eux-mêmes.

N’est-il pas remarquable que le. monde, si empressé à mettre obstacle à leur travail pour Dieu, n’avait pas fait la moindre opposition quand ils couraient chacun à sa maison ? Satan est un ennemi dont la haine est clairvoyante. Il sait bien que l’oeuvre ne peut prospérer avec des coeurs partagés.

Mais voici que, par la grâce de Dieu (v. 12-15), les chefs écoutent, le peuple craint et reçoit le message de l’envoyé de l’Éternel. Le cri : Considérez vos voies, a trouvé de l’écho dans la conscience d’Israël. Puisse-t-il en trouver aussi dans la nôtre !

Le résultat de ce réveil ne se fait pas attendre. Dieu lui-même encourage les premiers pas de ceux qui se décident à suivre le chemin de l’obéissance. «Je suis avec vous», dit l’Éternel. Rien de plus touchant et de plus encourageant : «Je suis avec vous». Les craintes de plusieurs s’évanouissent, et leur âme a conscience que l’intégrité est appréciée du Seigneur et lui plaît. Elle reçoit le témoignage d’avoir plu à Dieu. Un réveil général se produit, comme récompense du zèle de quelques-uns.

Ils «vinrent et travaillèrent à la maison de l’Éternel des armées».

À SUIVRE…