»Transmis par Lorraine – Source: Journal Chrétien

« …Ici en- core,

la peur est au rendez- vous« 

Le verbe  » enfermer « , dans son sens obvie, signifie «  mettre dans un lieu fermé, en lieu sûr « , comme on met l’argent sous clé à  l’abri des vols éventuels ;

les médicaments et autres produits dangereux hors de la portée des enfants pour éviter toute mauvaise surprise ;

les documents sous scellé afin que nul ne vienne les subtiliser ou les contrefaire ;

les animaux dans un enclos pour veiller à  ce qu’ils ne causent ni dégâts ni accidents ;

les  » malfaisants  » en prison afin qu’ils ne nuisent plus à  la société.

Tous ces enfermements sont conditionnés par une volonté de protéger les individus ou les communautés contre d’éventuelles agressions, et c’est toujours la peur qui domine, jusque parfois devenir obsessionnelle :

-crainte d’un malheur qui pourrait survenir,

-angoisse devant une menace possible,

-hantise d’être une victime potentielle,

-phobie de perdre un bien…

Dans sa forme pronominale, le verbe  » s’enfermer  » indique  » un repli sur soi « , le refus de voir la réalité en face ;

L’obscure volonté de fuir l’ouverture, la rencontre, le dialogue, la responsabilité ; une résistance à  reconnaître ses erreurs, ses fautes, ses torts.

Ici encore, la peur est au rendez-vous :

peur de perdre son image de marque,
crainte du regard d’autrui, du qu’en dira-t-on ;
refus de se reconnaître responsable, voire coupable.

Sur le plan de la collectivité, l’enfermement peut encore désigner tantôt un ghetto – la mise à  l’écart d’une communauté spécifique – ou la mise en quarantaine qu’un groupe ou d’une région lors d’une épidémie par crainte de contamination, ce qui oblige les  » enfermés  » à  vivre en marge de la société.

Mais tantôt, l’enfermement peut désigner un repli identitaire avec le rejet de l’autre différent, de l’inconnu, de l’étranger.

Et toujours cette même peur qui conditionne les comportements d’isole- ment, de ségrégation, de xénophobie.

Qui nous délivre- ra d’une telle descente aux enfers ?

Loin de considérer que l’enfer, ce sont les autres, ne vaudrait-il pas mieux prendre conscience que l’enfer, c’est moi chaque fois que j’exclus l’autre et le Tout-Autre.

Toute la Bible, depuis son premier livre, la Genèse, jusqu’à  son dernier, l’Apocalypse, n’est finalement que l’histoire d’une libération de tous nos enfermements politiques, sociaux, culturels, et même religieux.


Dans l’allégorie de la désobéissance au jardin d’Éden, – la terre des délices -, alors que l’humain s’enferme dans sa culpabilité en se cachant, Dieu le cherche et l’interroge :

Où es-tu ? Où en es-tu ?

Dieu lui offre une main tendue pour qu’il prenne conscience de son erreur, qu’il avoue sa faute, sorte de son isolement et retrouve confiance et dignité.

Mais l’homme préfère s’exclure du pardon et de la réconciliation en s’enfermant dans le refus de sa culpabilité.

Ce n’est pas moi, c’est elle ! Ce n’est pas moi, c’est lui !

Tout le récit de l’Exode, de la sortie d’Égypte, n’est que l’histoire d’une libération de l’esclavage. Dieu libère son peuple avant de lui faire des recommandations d’usage consignées dans le Décalogue.

Dix paroles pour ne jamais retomber dans aucune forme d’esclavage, ni celui des idoles, ni celui des humains.

Après la déportation babylonienne, l’intervention de Dieu se fait encore en faveur de la libération, du retour vers la terre de toutes les promesses.

Dieu sauve et libère.

Si l’on en vient à  Jésus, il est véritablement l’homme de toutes les délivrances.

Il refuse tous les cloisonnements, barricades et ta- bous qui dressent les êtres les uns contre les autres.

Il rend la vue à  ceux qui sont prêts à  sortir de leur aveuglement ;

Il rend l’espérance à  ceux qui sont paralysés ;

Il rend l’ouïe et la parole à  ceux qui veulent sortir du silence ;

Il ne craint pas de toucher les intouchables en la personne des lépreux ;

Il refuse le sexisme de son temps en rencontrant publiquement des femmes ;

Il les guérit, pardonne leurs faiblesse et incartades ;

Il outrepasse les frontières pour aller à  la rencontre de la Samaritaine ou de la Syro-phénicienne ;

il mange à  la table des païens ;

n’hésite pas à  intervenir en faveur d’un soldat ennemi ;

il rend la vie à  tant d’existences spirituellement mortes…

Jésus refuse toujours de se laisser enfermer dans des préjugés, dans des comportements qui excluent les autres différents.

Toujours, il prône l’ouverture, la rencontre, le dialogue, la miséricorde, le pardon, la conversion, la restauration, la résurrection.

Pour lui, une vie nouvelle est toujours possible pour celui qui ose vaincre ses peurs et faire confiance.

À cela, il n’y a qu’un seul remède, celui de l’amour.

Il nous en donne l’exemple et n’en attend pas moins de nous.

Jean-Joseph Hugé Pasteur à  Tournai