Des médecins de “plateaux TV  » « ont prêché la bonne parole sans savoir de quoi ils parlaient », selon Me Koraitem

Des médecins hors de leur domaine de compétence

Le cœur des griefs du SLS porte sur le non-respect des règles déontologiques. Maître Koraitem rappelle que l’obligation de prudence s’applique à tout médecin, y compris devant les caméras : un médecin est tenu de ne parler que de ce qu’il maîtrise réellement.

Or, selon lui, certains des mis en cause ont manifestement outrepassé ces limites. Le Pr Grimaldi a lui-même reconnu à l’audience qu’il n’était pas spécialiste des vaccins ; ce qui ne l’a pas empêché de s’exprimer longuement sur la politique vaccinale. Quant au Pr Lacombe, l’avocat cite un exemple précis :

Le 19 mars 2021, elle affirmait sur un plateau que le vaccin AstraZeneca était « sûr » et que ses effets indésirables étaient « mineurs » — au moment même où le Comité de Pharmacovigilance de l’Agence européenne du médicament examinait des événements thromboemboliques chez des patients vaccinés.

« ils ont parlé de domaines pour certains qu’ils ne connaissaient pas, tout simplement », résume l’avocat. Et d’ajouter : « on ne peut pas venir vous dire blanc un jour, noir le lendemain, alors qu’au moment où on vous parle, on n’a pas connaissance » de l’état réel de la science.

Sur la défense avancée par certains — « nous ne faisions que suivre les préconisations de la Haute Autorité de Santé », Maître Koraitem est lapidaire : cela ne signifie pas «débrancher son cerveau et parler sur un sujet qu’on ne connaît pas».

Des conflits d’intérêts jamais déclarés à la télévision

L’un des volets les plus explosifs de l’audience concerne les liens d’intérêt. Le Pr Lacombe avait des relations financières documentées avec Gilead (Remdesivir), Janssen (vaccins Covid) et MSD (antiviraux Covid) — des montants qui, selon des données déjà publiées, avoisineraient les 212 000 euros sur plusieurs années. Ces liens n’ont jamais été mentionnés lors de ses interventions télévisées.

La défense du Pr Lacombe a stupéfié l’avocat. Elle aurait déclaré à l’audience : « Nul n’est censé ignorer la loi. Et si les gens voulaient savoir, voulaient connaître mes liens d’intérêt, il leur suffisait d’aller sur Internet pour les chercher. »

Paradoxe relevé par Maître Koraitem : cette même professeure déclare systématiquement ses conflits d’intérêts en début de cours à l’université, devant quelques centaines d’étudiants. Mais pas à la télévision, devant des millions de téléspectateurs. L’avocat souligne que jamais aucun journaliste ne lui avait posé la question. Des informationsqui auraient dû figurer dès l’ouverture de ses interventions dès lors qu’elle parlait de produits commercialisés par ces mêmes laboratoires.

Un médecin n’est pas un influenceur

Maître Koraitem revient aussi sur la tribune signée par le Pr Grimaldi le 1er janvier 2022, dans laquelle il écrivait qu’une personne refusant le vaccin ne devrait « pas se faire réanimer ». Des propos que l’avocat qualifie d’« inadmissibles », contraires au serment d’Hippocrate et à l’interdiction absolue faite aux médecins de trier les patients.

« Un médecin n’est pas un influenceur, c’est pas un politicien, c’est pas un journaliste. Que le politicien se trompe, pas de problème. Mais qu’un médecin se trompe, il y a des conséquences derrière. »

Le Pr Grimaldi a d’ailleurs admis avoir voulu « choquer » et « faire le buzz ». Pour l’avocat, cette justification est inaudible au regard des obligations déontologiques. Il en va de même pour le Pr Mégarbane, qui a déclaré en sortie d’audience avoir « voulu sauver le monde » : la bonne volonté, souligne Me Koraitem, n’exonère pas d’une faute déontologique.

La loi du 5 août 2021 : une dérive liberticide acceptée trop facilement

L’entretien aborde également les conséquences politiques et sociales de cette période. La loi du 5 août 2021, imposant l’obligation vaccinale aux soignants sous peine de suspension sans salaire, a été votée en plein été, dans une quasi-indifférence :

Pour Me Koraitem, « on est allé dans la surenchère sanitaire, clairement, avec des mesures parfaitement attentatoires aux libertés fondamentales ».Et il ajoute, « On a voté cette loi sous le tapis. On l’a fait passer avec une obligation vaccinale au 15 septembre »

Des soignants, applaudis en 2020 pour leur courage pendant la première vague, ont été suspendus, privés de salaire, voire harcelés à leur retour. La formule de Maître Koraitem résume l’absurdité de la situation : « On les applaudit, puis on les a montrés du doigt. »

« la pente dangereuse qui avait été prise à l’époque du COVID continue à suivre cette inclinaison », avertit l’avocat. Et de s’inquiéter : si une telle loi a pu passer avec si peu de résistance, rien n’empêcherait demain de reproduire le même schéma sur un autre sujet.

Pour une commission d’enquête parlementaire

En conclusion, Maître Koraitem appelle de ses vœux une commission d’enquête parlementaire sur la gestion du Covid et les prises de parole médicales : « Je pense que c’est central. Et j’ai l’impression que ce sujet-là a été vraiment passé comme la poussière sous le tapis. »

Selon lui, un tel cadre permettrait d’entendre les médecins mis en cause, d’offrir une tribune aux victimes d’effets secondaires, et de comprendre comment un emballement collectif a pu conduire à des lois que la France n’aurait jamais dû voter. « La science, elle avance par une discussion et pas par l’imposition de dogmes », rappelle l’avocat. Le débat contradictoire, absent des plateaux télévisés pendant la crise, doit enfin avoir lieu — dans une enceinte institutionnelle, apaisée, et publique.