Source: Jforum

Et si Houellebecq avait raison? Dans “Soumission”, l’écrivain français “prédit”, sous forme de roman-enquête, la lente dérive d’un Etat, que l’Islam conquiert en 2022 après un cycle de violence occulté, contre la candidature malheureuse d’une Marine Le Pen, faire-valoir du candidat Frère Musulman.

C’est parce que les garde-fous classiques de l’Etat de Droit s’endorment dans l’eau ambiante portée à ébullition, comme la grenouille de Gregory Bateson (1979), que de nouveaux courants périphériques infiltrent les composantes des institutions locales, puis plus centrales, à mesure que la société globale intègre peu à peu la délégitimation et la disqualification de son propre mode de vie, au profit de ses marges.

En matière de tiédeur et d’absence de conviction, les derniers déboires de l’Etat central prétendument “régalien” du tandem Macron- Castaner instituent le cadre préalable “idéal” pour un tel revirement civilisationnel. Y compris en période de crise sanitaire, là où l’Etat central régulateur de soins et  des services de lutte contre l’épidémie est des plus nécessaire, on a assisté à une fable assez grotesque d’un comité scientifique qui semble interdire aux médecins de ville ou des hôpitaux d’administrer des remèdes expérimentaux, au motif qu’ils n’ont pu préalablement être validés par des études comparatives longues, puisque tout le monde, même savant, ignore tout du fameux nouveau virus perturbateur et accessoirement serial-killer… Dans le doute, abstenons-nous et laissons mourir…

Ensuite, sur le plan sécuritaire, l’arme du confinement s’avère à double-tranchant. Si on sait par avance que la reprise socio-économique sera dure, l’absence de discipline collective se traduit très vite par un risque de désordres et d’exploitation de la situation flottante par des groupes de pillards organisés comme les AntiFa, BlackBlocks et autres. La crise Covid-19 est bien pire aux USA et nul ne semble ordonner la lutte contre le virus autrement que par des contre-ordres et un débat contradictoire entre le sanitaire et l’économique. Personne, du central ou du fédéral, n’a su proposer la clé d’entrée pour en ordonner un processus assumé… Éclate alors l’affaire Floyd, avec des jours, si ce ne sont des semaines de manifestations, assorties de mises à sac et de barbouillage de statues…

En France, des groupes délégitimateurs de l’Etat et de ses services d’ordre, comme le Collectif pour Adama Traore saisissent l’aubaine, et visent à mettre en cause n’importe quelle violence (légitime) exercée par la Police. Au moindre incident international, ces groupuscules qui, seuls, peinent à prouver l’authenticité de leur cause plaidée devant les tribunaux, cherchent à se frayer un chemin dans la “convergence des causes” : avec les éléments indigénistes du PIR, d’Houria Bouteldja, la France prétendue Insoumise, se rapprochant dangereusement des Islamistes en toute circonstance, des centralisateurs et capteurs de haine, notamment antijuive, comme les tenants du BDS et leurs parrains du FPLP terroriste, les Gilets Jaunes égarés, les casseurs en tous genres etc.

Comme on le pressent par simple association d’idées nocives, la sympathique “cause palestinienne” est un ingrédient majeur, dans l’appesantissement des esprits et la perte de toute vigilance, pour les tenants de l’Etat de Droit. Elle permet d’ensevelir “le Droit” par excellence, c’est-à-dire celui édicté pour et par le peuple qui en a découvert la cohérence miraculeuse, “l’Existence de D.”, et l’Etat bâti avec cette ambition future de parvenir à la concorde harmonieuse et à la paix entre les peuples sous le Ciel étoilé créé par la D.ivinité Une… Cette identité faite peuple, ce peuple fait nation, reflet de l’identité juive, au passage (de la Mer Rouge), a inventé la semaine de 6 jours et le repos hebdomadaire du travailleur, la cause des droits de l’homme contre Pharaon, l’alliance du peuple et de la Loi contre les tyrans. Vouloir le déraciner de tout ancrage terrestre (lié à son projet national multiséculaire), vouloir lui dénier une Justice et une charité bien ordonnée commençant par soi-même, avant de s’ouvrir à l’autre,  après 2000 ans d’Exil, c’est s’attaquer à un écho magistral de la condition humaine toute entière et s’interdire de se poser quelques-unes des plus hautes questions sur l’existence.

L’antiquité juive est le berceau à Jérusalem de l’Etat de Droit, à l’instar de son alter-ego athénien, qui a perdu de sa superbe, avec la marginalisation de la Grèce à l’âge moderne. Loin de là que le Sionisme d’aujourd’hui incarne en tout point une forme de “perfection”. Quoi qu’il en soit, chaque jour l’Etat Juif progresse “en sagesse et en intelligence” : par l’innovation, la puissance technologique, économique et militaire, y compris par les problématiques politiques et diplomatiques épineuses qu’il se pose, en termes de souveraineté et de légitimité. Et il avance plus vite, grâce à l’adversité, envers et contre toutes les entraves du monde, qui le forcent à improviser, innover… Alors, si vous voulez vraiment pousser Israël dans ses retranchements, continuez! Ce qui ne tue pas renforce (Nietzsche). L’abattre, au moins sur le plan symbolique de la mise en question permanente et une façon d’essayer d’entraîner dans sa “chute” (fantasmatique) l’Occident qui lui est lié, peu ou prou, ne serait-ce qu’au titre de “fille aînée de l’Eglise”, comme il est dit de la France de Louis lX l’Antisémite à aujourd’hui.

C’est aussi ainsi que la France, éminemment “pro-palestinienne” dans ses prétentions de jouer un rôle quelconque au Moyen-Orient, est l’un des pays les plus directement touchés par la mise en cause (ou délégitimation) de son propre Etat central et de ses fonctions régaliennes. Quand un Ministre de l’Intérieur se décompose littéralement sous la pression, pas même de la “rue”, mais d’un simple groupuscule comme le Comité Traoré -réunissant, certes, 20.000 personnes à l’occasion des manifestations pour George Floyd – pour en arriver à la conclusion qu’il faudrait que les Policiers mettent un “genou en terre”, ou qu’ils relèvent d’une “suspicion avérée de racisme”, on sent que la corde se tisse, se noue et qu’elle finira par emporter le pendu… Autant on a cru bon et c’était naturel de condamner les cris de “suicidez-vous” dans les rangs Gilets Jaunes, autant la présomption de culpabilité appliquée à la seule police est bien une forme de liquidation jusqu’en sa racine de la fonction régalienne, quelle qu’elle soit.

On entrevoit à quels points les choix de politique étrangère se reflète dans le miroir de la gestion des conflits intérieurs, et plus que toute autre cause, l’inclination à la délégitimation d’autrui (Israël), qui n’est jamais qu’un grossissement à la loupe de la difficulté à gérer sa propre histoire, son propre passé “colonial”, mais surtout, et c’est plus grave, la vitesse d’amenuisement de son immunité sociétale, face aux effets corrosifs des revendications multi-causes à tendances indigénistes, communautaristes ou tribales. Le dealer délinquant devient un martyr national, quand le terroriste se voit trouver des circonstances atténuantes pour avoir subi une forme “d’exclusion”, ne serait que par la prison où il s’est radicalisé. Il sera donc très vite relaxé par les bons soins de l’acolyte de Castaner, Madame Belloubet…

Il a, a peine, fallu 2 ans de contestation d’un règne vite devenu illégitime, d’une “République” qui n’aura jamais autant stagné que depuis qu’elle a été déclarée “en Marche”, à travers la “crise des Gilets Jaunes”, pour que s’épuise tout le bénéfice de popularité engrangé par les forces de police, dernier rempart (embrassé par Renaud) de la civilisation contre la barbarie terroriste venue de Syrie. Les peuples ont la mémoire courte, mais la force des institutions est de tenir au-delà de l’érosion du temps. Ce que des Ministres sujets aux flottements de l’émotion et de la mode ne peuvent pas garantir.

Comme s’en moque la presse unanime, “évidemment” que Zemmour “se trompe” et que le Vert de la vague qui a emportée les grandes villes françaises aux municipales de ce 28 juin n’est pas le “Vert” de l’Islam conquérant. Non, pas au premier regard, en tout cas. C’est d’abord le vert des “bonnes intentions” “pures”, des “fleurs bleues”, de la dépollution, d’Anne Hidalgo -qui est à l’écologie ce que Cervantès est aux Moulins à vent-, de l’envie d’enfourcher son vélo, et de s’inscrire dans les coups de pédale de Mao Tsé Dong. Le vert de cette “douceur” et de cette “pureté des causes” retrouvées, ce vert “pacifique” qui se marie si bien avec le rouge et le noir des drapeaux panarabes, plongés dans le sentiment d’humiliation perpétuelle…

C’est peut-être aussi le vert de l’a-vert-issement de la nature, dans sa “révolte” par le Covid-19, contre le surpeuplement, la malbouffe, qui nous tend l’embuscade d’un non-choix entre une vie “assainie” ou la mort dans d’atroces souffrances. Les grandes villes sont devenues, en cette occasion, des goulots d’étranglement où on ne communique plus que par les balcons et les fenêtres, aux 20h, dans des bouffées collectives de bons sentiments à l’égard des soignants qui nous ont maintenus en vie durant cette période de confinement au “purgatoire” de notre urbanité.

Mais si telle était la leçon retenue, pourquoi l’immédiate période suivante s’exprime t-elle avec tant de violence? On l’a compris, le sursaut de l’Affaire Traoré n’a d’écho qu’opportuniste, grâce au rapprochement incertain avec l’affaire Floyd américaine. C’est l’emprunt du racialiste “Black Lives Matter”, comme si toutes les autres couleurs de l’arc-en-ciel n’importaient plus! Et surtout pas le “Blanc” que maudit l’Oréal en l’expulsant de ses pubs…

Et c’est ainsi qu’au Nadir (au point le plus bas) de son plus profond état de faiblesse généralisée, l’Etat central s’est acheminé, au plus tôt, vers des élections municipales où le groupe politique majoritaire à l’Assemblée, autour de son Président, cible de toutes les critiques, s’est ramassé la pire gifle de toute l’histoire des Républiques. Il serait donc presque indifférent, si ce n’étaient leurs louches et fâcheuses accointances, que ce soient les “Verts” qui l’eussent emporté, si on ne souligne pas immédiatement, que les municipalités aussi, ce sont révoltées contre le pouvoir central : seulement 146 communes  (sur 1140) de plus de 9000 habitants sont tombées dans l’escarcelle de LREM. Il n’y a donc aucune transmission a priori, entre le terreau du “local” et le pignon du “central”, dressant de façon toujours plus caricaturale, le portrait d’une France sous Louis-Emmanuel XVI et Brigitte-Antoinette.

Le parti écologiste des Verts, dont on sourit fréquemment comme symbolisé par la “Pastèque” : vert au dehors et rouge au-dedans, est bien plus sûrement le tremplin ou la passerelle pour toutes ces “causes” transversales ou “intersectionnelles”, qui ne se rassemblent que pour se définir leurs objets de détestation.

Sur ces entrefaites, certaines municipalités sortent de façon plus criante, quoique sur la pointe des pieds, du “consensus national” ou que l’on croyait tel. La révolte ne gronde plus seulement à travers les voix des Gilets Jaunes d’avant-confinement, mais dans le vote “par les pieds” de ceux qui ne se déplacent même plus : un autre record est franchi sous Macron, celui des Abstentionnistes, bien plus nombreux que les minorités votantes : 58, 4% de grévistes du suffrage universel contre 41, 6% d’électeurs. Il est donc logique que certains partis parmi les plus marginaux, mais les plus mobilisateurs de militants, plutôt que d’électeurs ou sympathisants proprement dits, l’emportent : donc, les “Verts” et certaines franges en passe de devenir majoritaires dans leurs villes périphériques, dont des listes à connotation islamiste, comme dans certaines banlieues parisiennes : Goussainville (Hamida) et Garges-les-Gonesse (avec la deuxième place très serrée de Samy Debah, ancien fondateur du CCIF et proche des mêmes Frères Musulmans).

Un des paradoxes de la démocratie veut qu’il existe des seuils à partir desquels des minorités deviennent agissantes et, par conséquent suffisamment “bruyantes” pour être représentatives, ou deviennent des “minorités de blocage”, susceptibles même d’empêcher les majorités de faire passer des motions qui leur semblent naturelles. Une fois le pli de l’exemple pris, il n’y a aucune raison pour ne pas dupliquer ou répliquer l’élan insufflé et de “clôner” littéralement des succès d’estime, ici ou là, de banaliser localement les usages revendiqués de la djellaba ou de la burqa, ou encore des “opinions” plus facilement répercutées dans les discussions sur les marchés, telles qu’un “antisionisme” qui se transforme en haine de tous ses porteurs présumés.

Quoi qu’il en soit, à moins d’une semaine de la clôture de ce scrutin, la France, pays “centralisateur”, s’est encore affaibli et amoindri, son autorité s’est li-Keffiéeh, à force de reculades de gens de pouvoir bien trop faibles pour l’incarner, de sabordage par l’entremise de “mouvements sociaux ou raciaux” adeptes de la libanisation, d’Institutions centrales, y compris les Institutions juives, totalement invisibles, absentes et exemptes de toute prise de position un tant soit peu claire, faisant de la figuration, à l’image des “dirigeants” qui se laissent bercer par le climat ambiant…

C’est une réalité de démographie électorale : le regroupement d’un vote communautaire a percé le plafond de verre de la résistance “républicaine”, qui hier, se liguait pour abattre les ressortissants de la famille Le Pen. Qu’en sera t-il si, par un subtil jeu de réseaux et la poursuite d’une ambiance de rébellion perpétuelle contre les symboles de l’Etat dit de “droit” (ou de présomption de culpabilité raciale…), peu à peu ces exemples isolés se fédèrent et organisent un mouvement de plus en plus massif?

Il ne reste pas deux années pleines avant l’échéance fatidique inscrite sur le “mur” de la prophétie Houellebequienne. Tout un chacun, y compris dans son propre parti, sait que Marine Le Pen n’a pas le profil d’une gagnante ou n’incarne pas l’alternative rêvée. Macron se projette en seul challenger, puisque la “Droite” républicaine est pour ainsi dire “morte” avec le costard de Fillon tissé par Pénélope et Robert Bourgis. Quelques barons locaux ne parviennent pas à s’affirmer comme de véritables “hommes providentiels”. Sarkozy préfère conseiller Macron, après l’Emir du Qatar. Mélenchon est à la gauche ce que Le Pen est à la droite, un épouvantail inepte à la gouvernance. Toutes les opportunités sont donc ouvertes pour que les indices qu’on relève à Goussainville, à Garges ou dans le 9.3 ne se trouvent un parti fédérateur qui profite du chaos généralisé pour tracer son sillon….

 

Par Marc Brzustowski