Qui peut se dire Christanoï ?, par le pasteur François Celier

De nos jours et sans faillir ? En dépit des alarmes qui frappent les consciences sur les bruits de troisième guerre mondiale qui s’amplifient ?

Peut-il accepter cette réalité pour 2019-2020 sans trembler ? Acceptera-t-il le prix à payer s’il portait ouvertement le nom de christanoï (chrétien) symbolisé par une croix, par ses paroles et ses actes. Comme fut le symbole de l’étoile juive lors de la nuit de cristal, prélude à la deuxième guerre mondiale ? Comme de nos jours les croyants en Christ, traqués et persécutés au Moyen-Orient et ailleurs par la vindicte Islamiste ?

Aucun fidèle de Jésus n’ignore l’ambiguïté de ce qualificatif et les affects qu’il déclenche: moquerie (moindre mal), rejet de ses proches, ou rage meurtrière. Ils accompagnent tout Christanoï qui ose s’en revendiquer.

Pour la pensée laïque, des athées impénitents ou des croyants en d’autres systèmes et dénominations religieuses, ce nom est stigmatisant et culpabiliseur. Généralisé par une notoriété péjorative depuis 2000 ans, cette désignation maligne demeure honni par tous les peuples, ce qui est précisé dans les textes: Vous serez tous haïs à cause de mon nom (St Marc13, 13)

Pour quelle raison ? Devraient s’interroger des impartiaux objectifs. Plus personne n’ignore que Jésus ne fit qu’offrir sa compassion, ses miracles, sa sagesse et sa bonté envers tous, notamment les plus humbles et démunis.

Quiconque l’ayant connu de son temps ne pouvait l’accuser d’avoir volé, fauté, menti, gêné l’ordre public, créé une secte, une religion nouvelle ou un parti politique. N’avait-il pas déclaré que son royaume n’était pas de ce monde ? Ses détracteurs les plus acharnés durent le reconnaître.

Le brigand qui agonisait à ses côtés eut le courage de dire l’innocence du crucifié, de même que le centurion romain chargé d’attester la mort des suppliciés, qui le reconnu au pieds de la croix.

Dès lors, serait-ce son existence incongru, paradoxale, à la fois homme et Dieu incarné, inséré dans la chaîne multi-séculaire de l’ADN du genre humain ? Ou encore, la dimension de sa personnalité admirable, ses miracles, ses prodiges et ses paroles empreintes de sagesse universelle ?

En fait, ce ne pouvait être que quelque « chose d’autre » qui provoquait, tel un réflexe pavlovien : pleurs de joie, émerveillement, grincements de dents et haine pandémique. Il en fut de même tout au long des 20 siècles qui suivirent sa résurrection.

Pour les intelligents et les subtils, peut-être était-ce le titre politique affiché sur la croix par l’occupant romain : « Jésus Roi des juifs ». Quel scandale pour l’entendement des hommes !

Quel titre de gloire dans le coeur de ses disciples !

Pour les juifs religieux devant se compromettre pour obtenir une paix (précaire,) avec la puissance de Rome, l’embarras était gravissime. Cette royauté leur paru dangereuse sur le plan politique et théologique.

De même que l’adhésion des petites gens qui exaltaient Jésus comme étant le Christ, l’oint de Dieu et Messie (en hébreu : משיח†mashia’h), un terme importé de l’exil judéo-araméen de Babylonie de surcroît.

Chrétien allait cependant s’enraciner dans l’inconscient collectif, des mémoires, des écrits et de l’Odyssée de l’esprit humain, du jardin d’Eden à la Parousie (et au-delà).

Toujours est-il que dès la fin du 2ème siècle, méprisant les fidèles qui suivaient l’enseignement de ce Messie (parachuté) du Royaume de Dieu, ils furent désignés par le sobriquet de Christanoï (chrétien).

Or ce dénigrement consacra ce nom jusqu’à devenir planétaire et trans-historique. Tous ceux qui en furent qualifiés l’endossèrent volontiers, s’estimant de la sorte plutôt ennoblis qu’insultés.

Les mal-pensants devraient s’interroger: Nous les affublons de ce nom ridicule, nous les traquons comme des criminels ou des traîtres, nous les martyrisons… alors que nous ne devrions les juger que sur leurs actes, qui n’ont rien d’illicite ou d’outrageant.

Ainsi, ce n’est que deux siècles plus tard, à Antioche, que les suiveurs de Jésus reçurent publiquement le nom de christanoï (Ac.11, 26).

Or Jésus ne fut jamais un Christanoï étant donné que ce mot n’existait pas ! Il en sera différemment au cours des âges… jusqu’à représenter plus de deux milliards de croyants en lui sur la terre !

Au début de son ministère de prêcheur et faiseur de miracles, Jésus n’était qu’un formidable prédicateur charismatique, soufflant un mouvement de réveil des consciences juives à vivre une piété vivante et spirituelle (et non formaliste). Avec son statut de jeune rabbin, réputé pour sa parfaite connaissance de la Tora et des prophètes, son enseignement revitalisait l’expression religieuse du peuple juif. Après sa crucifixion, sa mort, son ultime mission de trois jours dans le Shéol (séjour des morts), sa résurrection prodigieuse, sa réapparition parmi ses disciples et des centaines de ses fidèles et son élévation au ciel sous leurs yeux, il attesta la promesse de son retour.

Le christianisme primitif (donc judéo-christanoï) s’édifia comme un rayonnement de lumière pour toutes les voies interprétatives: celle du Catholicisme, de l’Orthodoxie, du Protestantisme et de l’Islam, avec leurs rites et pratiques plus ou moins superstitieux.

Parmi tous les systèmes religieux, sectes et mythes qui pullulaient dans les empires et tous les pays de la planète, l’existence d’un dieu invisible, non représenté, initialisé pour le peuple juif, créait en tous lieux de fortes réactions d’hostilités (antisémitisme et antisionisme).

Les populations traditionalistes n’admettaient que des représentations iconographiques, picturales, gravées, sculptées, artistiques culturelles, cultuelles et sociologiquement identifiables. Ce qui était contraire à la singularité du peuple juif, à qui il était interdit et même sacrilège, d’illustrer l’incréé, l’Eternel, le Dieu de la Création.

Cette distinction radicale entre un dieu juif, invisible, non-représentable, abstrait, se confrontait au foisonnement de dieux improbables, protéiformes, mythiques, légendaires et chimériques. Tous affublés d’illustrations sensées conjurer le bon ou le mauvais fatalisme qui influencerait le sort ou le destin des êtres humains, et des animaux. Leurs rites, offrandes, sacrifices à des puissances cruelles, rusées, souvent horribles apparences, relevant de superstitions primitives et fétichistes, faisaient considérer les juifs comme des athées et des sans dieux.

Quant à l’évolution de la chrétienté, ses croyances furent visuellement représentées dans les églises catholiques, orthodoxes, symbolisées dans les temples protestants et politiquement représentés en d’autres religions.

Parallèlement, le monde du judaïsme, nanti d’une longue expérience d’ostracisme et de persécutions, savait se replier sur lui-même pour mieux y résister, jusqu’au degré zéro de l’in-humanité contemporaine de l’homo sapiens, scellée par l’horreur de la Shoah…

Les coercitions qui frappèrent les judéo-christanoï, puis les chrétiens génériques, augmentèrent au fur et à mesure de leur développement et de leur éloignement du message de Jésus-le-juif. En effet, celui-ci n’avait recommandé à ses disciples que d’en instruire d’autres à leur image, afin qu’ils deviennent exemplaires et sources de bénédictions.

Or, les apôtres, tel que St. Paul (fondateur du christianisme) et les communautés confessionnelles qu’il fonda encouragèrent leurs dirigeants et leurs adhérents à aller porter l’évangile au plus loin parmi les nations, ce qui les amenait à vouloir édifier un puissant système religieux monothéiste tri-unitaire (Père, Fils et St. Esprit)*.

*Note MAV : ce «  Dieu trinitaire » s’est rajouté bien après les écrits du Rav juif Paul et a été initialisé et ainsi nommé  (Trinité), par des Romains et des Grecs, et non des Juifs. Pour les Juifs, Dieu est un, adonaï eloeinou. C’est un Tunisien, Tertulien, qui a inventé à la fin du deuxième siècle le mot Trinité et développé autour de ce dogme toute une théologie. Oui Dieu se manifeste sur terre tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, visible ou spirituelle, en chair via Jésus-Christ, en esprit via son Saint-Esprit, tout en s’étant déjà manifesté sous diverses formes humaines dans l’AT, ou autres (Rocher, aigle, buisson ardent…. Cet élignement du Dieu d’Israël UN a contribué largement à la théologie du remplacement et donc aux exactions de l’Eglise romaine contre le peuple juif.

Au 7ème siècle, s’improvisa en parallèle, le système de l’Islam qui bénéficia d’un fantastique développement (par copie dénaturée), duplicité politique pseudo religieuse et cruauté conquérante.

Au cours des siècles, l’attribution du nom générique d’Eglise Universelle (catholique notamment), initialement composée de christanoï reliés à leur matrice juive, s’avéra prépondérante en terme de pouvoirs temporels et politique (jusqu’à nommer ou démettre Rois et empereurs).

Il en est parfois de même aujourd’hui.

Etre un messager des nouveaux Christanoï implique aussi l’aiguillon d’une écharde toujours active, malgré la résurrection de Jésus et sa victoire sur la mort et les puissances du Mal.

Cette écharde se nomme esprit de peur.

Elle éperonne quiconque lors de situation para-normale ou de péril imminent. Cette peur se distingue de l’appréhension psychologique d’une fin de vie inéluctable (le scandale de la mort), mais elle est sans force contre les gens de foi, qui savent que ce dernier ennemi fut vaincu par Christ. Néanmoins, l’effroi suscité par son irrationalité subreptice se manifeste et peut s’appesantir sur des groupes ou même de grandes foules.

Un exemple significatif.

L’exorcisme pratiqué par Jésus pour délivrer un homme démoniaque, gérasénien, qui avait sa demeure dans les tombes. L’homme était possédé par un esprit impur nommé Légion car plusieurs le tourmentaient et le rendaient dangereux.

De nombreuses personnes locales observaient la scène, à distance.

Tout en chassant les démons, Jésus fit sortir l’homme de son refuge sépulcral. Complètement délivré et guéri, ce dernier louait Dieu à pleine voix. Cependant, les habitants ayant assistés à ce miracle, au lieu de s’en réjouir, étaient épouvantés (?)…

Et, ils demandèrent à Jésus de partir !

Alors que l’homme délivré des démons qui le tourmentaient, heureux de sa guérison, suppliait Jésus de rester auprès de lui. Jésus refusa et le pria d’aller proclamer le témoignage de sa guérison. (Mc 5:20)

Autre exemple.

Celui des femmes fidèles qui se rendirent au tombeau dans lequel Jésus fut déposé après sa crucifixion.

Dès qu’elles entrèrent et virent la tombe vide, au lieu de se réjouir de sa résurrection, elles furent remplies de frayeur, tremblantes et hors d’elles-mêmes (?)

De même, cette peur se communiqua aux deux gardes postés devant le tombeau qui, à leur tour défaillirent d’effroi et devinrent comme morts.

Un ange survint et voyant la panique des femmes les informa par ces mots: Ne soyez pas effrayées…Allez plutôt annoncer la bonne nouvelle en lieu et place concernant Jésus.

Et elles partirent, toujours aussi apeurées (au lieu d’être dans la joie). Lorsqu’elles rejoignirent les autres personnes, l’emprise de la peur les dominait toujours, au point qu’elles ne dirent rien de la grande nouvelle du tombeau vide et de la résurrection de Jésus…

Bien que Satan ait été vaincu, ces textes démontrent qu’il dispose toujours d’un pouvoir de nuisance extrême. Par ruse, mensonge ou terreur, il peut posséder ceux qui lui laisse libre accès, par la faille de l’effroi qu’il leur communique. De même, par divers stratagèmes, il peut provoquer une peur-panique jusqu’à tétaniser des hommes avertis (comme l’étaient les gardes romains).

L’enseignement qui s’en dégage, c’est qu’un homme foi ne doit en aucun cas craindre les subterfuges et les simagrées de la mort.

Néanmoins, même un disciple de Christ peut être troublé par une forte émotion dans son âme, elle peut l’amener à trembler.

Mais il peut se ressaisir aussitôt. En demeurant ferme dans la foi, il sait que la peur ne peut atteindre son esprit.

De nos jours, hommes et femmes ont le devoir de combattre le Père du mensonge qui sévit dans nos sociétés modernes (sauf en éthique et moeurs). Ils peuvent terrasser le mensonge par la force de la vérité. Il en est de même de certaines peurs irrationnelles qui parviennent à tétaniser ceux quelles saisissent.

Ces derniers n’ont alors qu’une seule ressource, entrer dans le confessionnal intime du coeur et se repentir de leurs fautes commises. Ces fautes font la force de la peur qui à son tour, et caetera…

Le Dieu de TOUS les hommes pardonne les égarements intellectuels et les actes hors de sens de celui qui s’en repend et répare ses torts. L’Eternel délivre du mal qui habite l’âme et hante la mémoire de quiconque, lorsqu’il manifeste un remord sincère, au nom de Jésus.

Ainsi s’obtient la liberté d’être soi-même en conscience, sans peur d’aucune sorte et devenir un Christanoï contemporain.

François Celier, pasteur iconoclaste

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