L’Église et le Monde, par Matilda C Edwards (19eme siècle)

Poème anglais, traduit par Etienne –

compromis-monde-egliseL’Église et le Monde allaient leur propre chemin sur les rives changeantes du Temps.

Le Monde chantait un chant assourdissant, et l’Église un cantique ravissant.

« Allons, donne-moi ta main, s’écria le Monde en liesse, et marche avec moi dans ce chemin. »

Mais la fidèle Église cacha ses douces mains, et solennellement répondit : « Je n’en ferai rien.

Jamais je ne te donnerai la main, et jamais je ne marcherai avec toi.

Ton chemin conduit à la mort éternelle. En tes paroles trompeuses je ne place point ma foi. »

« Allons ! marche à mon côté un bout de route, dit le Monde avec gentillesse ;

Le chemin que j’emprunte est très agréable, et le soleil y brille sans cesse.

Ton sentier est jonché d’épines, rocailleux et étroit ; le mien est spacieux et sans obstacles.

Mon sentier est jonché de fleurs et de rosée ; dans le tien, il n’y a que larmes et souffrances.

Mon ciel est toujours bleu, je ne rencontre ni misère ni labeur ;

Ton ciel est toujours sombre, ton sort c’est le malheur.

Mon sentier est spacieux et clair, et la porte est large et haute ;

Il y a assez de place pour que toi et moi nous marchions côte à côte. »

Timidement, l’Église s’approcha du Monde et lui donna sa main si pure.

Le vieux Monde la saisit immédiatement et se mit en marche, déclarant dans un doux murmure :

« Ta robe est bien trop simple pour me plaire ; je te donnerai des perles pour parure,

Du velours et de la soie précieuse pour ta gracieuse silhouette, et des diamants pour orner ta chevelure. »

L’Église considéra alors la terne blancheur de son vêtement, puis le Monde si lumineux,

Et rougit de honte lorsqu’elle vit se dessiner sur ses lèvres délicates un sourire dédaigneux.

« Je vais changer ma robe pour une autre plus luxueuse, » dit l’Église en souriant avec grâce.

Elle se défit alors de son vêtement blanc et pur, tandis que le Monde lui donnait à la place

Des vêtements de satin magnifique et de soie éclatante, des roses, des bijoux et des perles de grande valeur ;

Et elle laissa tomber ses cheveux chatoyants en mille boucles sur son front.

« Ta maison est sans beauté, dit le vieux Monde orgueilleux, je t’en bâtirai une semblable à la mienne,

Avec des murs en marbre, des tours dorées et des meubles de style. »

Ainsi il lui bâtit une magnifique et luxueuse maison, vraiment belle à regarder.

Les fils et les filles de l’Église demeuraient là, brillants de reflets pourprés et dorés.

Des fêtes et des spectacles se tenaient en ses portes, et le Monde et ses enfants y participaient ;

Rires, musique et divertissements retentissaient dans cette maison de prières.

Elle avait des bancs confortables pour que riches et puissants

S’y assoient dans leur splendeur et leur orgueil,

Tandis que, pauvrement vêtus, les indigents

Restaient dehors, humblement assis sur le seuil.

L’Ange de Miséricorde survola l’Église et murmura : « Je connais ton péché ! »

L’Église regarda en arrière en soupirant : elle désirait voir ses enfants rassemblés,

Mais certains étaient au théâtre, et d’autres au bal de minuit,

Et d’autres encore s’enivraient dans les bars. Il s’éloigna sans bruit.

Le Monde rusé lui dit galamment : « Tes enfants ne font rien de mauvais ;

Ils s’adonnent simplement à d’inoffensives distractions ». Prenant le bras qu’il lui offrait,

Elle souriait, bavardait, et cueillait des fleurs tout en marchant à ses côtés,

Alors que dans la Géhenne des millions d’âmes immortelles étaient précipitées.

« Tes prédicateurs sont trop démodés et trop modestes, dit le Monde d’un air méprisant.

Je ne veux pas que mes enfants entendent leurs contes effrayants ;

Ils parlent d’un étang

de feu et de soufre, des tourments et des horreurs d’une nuit éternelle,

Ils évoquent un lieu que l’on ne devrait pas nommer en présence de si délicates oreilles.

Je t’en enverrai d’autres, bien meilleurs, raffinés, intelligents et bons vivants ;

Ils persuaderont les gens qu’ils peuvent vivre comme ils l’entendent, et aller au Ciel en même temps.

Le Père est miséricordieux, grand et bon, tendre, juste et bienveillant ;

Penses-tu qu’il ouvrirait le Ciel à un enfant, aux autres le fermant ? »

Il introduisit donc chez Elle maints théologiens de renom, joyeux, érudits et cultivés,

Et les vieux hommes modestes qui prêchaient la Croix de leurs chaires furent destitués.

« Tu donnes beaucoup trop aux pauvres, dit le Monde, bien plus que tu ne devrais donner.

Si les pauvres ont besoin d’abri, de nourriture et de vêtements, pourquoi t’en soucier ?

Allons ! Prends ton argent et achète-toi des robes magnifiques, de grandes maisons et des véhicules somptueux,

Des perles et des joyaux, des mets délicats et des vins fins, les plus coûteux.

Mes enfants raffolent de tous ces biens, et si leur estime tu veux gagner,

Tu dois faire comme eux, et dans le même sentier marcher ».

L’Église serra son porte-monnaie dans ses mains, gracieusement baissa la tête,

Et murmura : « J’ai trop donné d’argent, je ferai comme vous avez dit, Monsieur ».

Ainsi elle ferma dédaigneusement les portes aux pauvres, n’entendit plus les pleurs des orphelins,

Et se détourna, dans ses robes magnifiques, des veuves qui venaient pleurer sur son chemin.

Les enfants du Monde et les enfants de l’Église marchaient ensemble, la main dans la main.

Seul le Maître, qui discerne toutes choses, reconnaissaient les siens.

L’Église alors s’assit à son aise et dit :

« Je suis riche, je me suis enrichie,

Et je n’ai besoin de rien, ni de rien faire,

Sinon rire, danser, et festoyer aussi. »

Le Monde, sournois, l’entendait ; il jubilait et, d’un ton railleur, se disait à Lui-même :

« L’Église est tombée, la glorieuse Église ! Sa vantardise et son orgueil sont sa honte ! »

L’Ange s’approcha du Trône de la Grâce, et murmura son nom en soupirant.

Les saints turent leurs chants d’allégresse, de honte la tête se couvrant.

Et, dans le silence du Ciel, la voix de Celui qui est assis sur le Trône se fit entendre :

« Je connais tes œuvres, et que tu dis : « Je suis riche », sans comprendre

Que tu es malheureuse, et misérable, et pauvre, et aveugle, et nue devant ma Face.

Reviens, et repens-toi, de peur que je ne te jette dehors, et que ton nom je n’efface. »

Matilda C. Edwards, 19ème siècle (traduction libre de l’anglais)


Il existe des versions qui diffèrent légèrement dans le corps du poème, mais c’est surtout la fin qui voit des variations très différentes, notamment le tout dernier vers ici qui devient :

« En conséquence je te chasse de devant ma Face, Et du Livre de Vie ton nom J’efface »

(“Therefore from My Presence cast I thee out, And blot thy name from its place.”)

Une autre version a pour suite de « Reviens, et repens-toi, de peur que je ne te jette dehors, et que ton nom je n’efface. » les paroles suivantes :

« Je te conseille d’acheter de moi l’or qui te rendra riche, Et de oindre tes yeux avec un baume céleste

Afin de discerner la volonté de ton Créateur. »

Ainsi, l’Église enfin réveillée se repentit sincèrement, Et de sa course mondaine se détourna.

Le Christ avait frappé à la porte de son cœur et Elle Lui ouvrit, Comme son Amour dans sa poitrine brûlait.

Il lui donna une nouvelle robe et pardonna ses péchés. Tous deux s’assirent et soupèrent ensemble ;

Son Trône Il partagea avec Elle, Celle pour qui Il avait tant souffert.

Ô Église du Christ, écoute la voix de l’Esprit Qui t’appelle dans le monde aujourd’hui.

Que chacun en tous lieux se détourne du Monde, Car le Monde sera perdu dans la nuit éternelle ;

Mais celui qui se repent sera sauvé pour l’éternité.

(I counsel thee to buy of me The gold that will make you rich;
And anoint your eyes with the heavenly salve To discern your Maker’s wish. »
Then the awakened Church with deep regret From her worldly course returned;

She opened her heart to the knock of Christ As His love in her bosom burned.
And gave her robes and forgave her sins, And together they sat and supped;
His proffered throne He shared with her For whom He had suffered much.
O Church of Christ, hear the Spirit’s voice As He calls through the world today.
Would that every church throughout the realm Would turn from the world away.
The world will be lost in eternal night, But the penitent saved for aye.


Voici le poème original

The Church Walking With The World

A Poem By Matilda C Edwards (19th century)

The Church and the World walked far apart
On the changing shores of time,
The World was singing a giddy song,
And the Church a hymn sublime.

“Come, give me your hand,” said the merry World,
“And walk with me this way!”
But the faithful Church hid her gentle hands
And solemnly answered “Nay!

I will not give you my hand at all,
And I will not walk with you;
Your way is the way that leads to death;
Your words are all untrue.”

“Nay, walk with me but a little space,”
Said the World with a kindly air;
“The road I walk is a pleasant road,
And the sun shines always there.

Your path is thorny and rough and rude,
But mine is broad and plain;
My way is paved with flowers and dews,
And yours with tears and pain.

The sky above me is always blue,
No want, no toil I know;
The sky above you is always dark,
Your lot is a lot of woe.

My path, you see, is a broad, fair one
And my gate is high and wide;
There’s room enough for you and me
To travel side by side.”

Half shyly the Church approached the World
And gave him her hand of snow;
And the old World quick grasped it and walked along,
Saying, in accents low:

“Your dress is too simple to please my taste;
I will give you pearls to wear,
Rich velvets and silks for your graceful form,
And diamonds to deck your hair.”

The Church looked down at her plain white robes,
And then at the dazzling World,
And blushed as she saw his handsome lip
With a smile contemptuous curled.

“I will change my dress for a costlier one,”
Said the Church, with a smile of grace;
Then her pure white garments drifted away,

And the World gave, in their place,

Beautiful satins and shining silks,
Roses and gems and costly pearls;
While over her forehead her bright hair fell
Crisped in a thousand curls.

“Your house is too plain,” said the proud old World,
“I’ll build you one like mine;
With walls of marble and towers of gold,
And furniture ever so fine.”

So he built her a costly and beautiful house;
Most splendid it was to behold;
Her sons and her beautiful daughters dwelt there
Gleaming in purple and gold.

Rich fairs and shows in the halls were held,
And the World and his children were there.
Laughter and music and feasts were heard
In the Place that was meant for Prayer.

There-were cushioned seats for the rich and the gay,
To sit in their pomp and pride;
While the poor folk, who were clad in shabby array,
Sat meekly down outside.

The Angel of Mercy flew over the Church,
And whispered, « I know thy sin »:
Then the Church looked back with a sigh and longed
To gather her children in;

But some were off at the midnight ball,
And some were off at the play,
And some were drinking in gay saloons,
So she quietly went her way.

Then the sly World gallantly said to her:
« Your children mean no harm,
Merely indulging in innocent sports »;
So she leaned on his proffered arm

And smiled and chatted and gathered flowers
As she walked along with the World;
While millions and millions of sorrowing souls
To eternal death were hurled.

« Your preachers are all too old and plain, »
Said the World to the Church with a sneer.
« They frighten my children with dreadful tales,
Which I like not for them to hear.

They talk of brimstone and fire and pain

And the night of an endless death;
They talk of a place which may only be
Mentioned with bated breath.

I will send you some of the better stamp
Brilliant and gay and fast
Who will tell them that people may live as they choose
And go to heaven at last.

The Father is merciful, great, and good,
Tender and true and kind;
Do you think He would take one child to heaven,
And leave the other behind? »

So he filled her house with gay divines
Gifted and great and learned
And the plain old men that preached the cross
Were out of her pulpits turned.

“You give too much to the poor,” said the World.
“Far more than you ought to do;
If the poor are in need of shelter and food,
Why need it trouble you?

Go, take your money and buy rich robes,
Buy horses and carriages fine;
Buy pearls and jewels and dainty food,
Buy the rarest and costliest wine.

My children, they dote on all these things,
And if you their love would win
You must do as they do, and walk in the ways
That they are walking in.”

Then the Church held tightly the strings of her purse
And gracefully lowered her head,
And whispered, « I’ve given too much away;
I’ll do, sir, as you have said. »

So the poor were turned from her door in scorn,
And she heard not the orphan’s cry;
But she drew her beautiful robes aside,
As the widows went weeping by.

Then the sons of the World and the Sons of the Church
Walked closely hand and heart,
And only the Master, who knoweth all,
Could tell the two apart.

Then the Church sat down at her ease, and said,
“I am rich and my goods increase;
I have need of nothing, or aught to do,
But to laugh, and dance, and feast.”

And the sly World heard her, and laughed up his sleeve,
And mockingly said, aside:
“The Church is fallen, the beautiful Church;
And her shame is her boast and her pride.”

The angel drew near to the mercy seat,
And whispered in sighs her name;
And the saints their anthems of rapture hushed,
And covered their heads in shame.

Then a Voice came down through the hush of heaven
From Him who sat on the throne:
« I know thy works, and how thou hast said,
‘I am rich,’ and hast not known

That thou art naked, poor and blind,
And wretched before my face;’
Unless thou repent I will cast thee out
And blot thy name from its place.”

Another variation gives this ending:

Therefore from My Presence cast I thee out, And blot thy name from its place.

Another one adds after “Unless thou repent I will cast thee out, And blot thy name from its place.” The following verses:

I counsel thee to buy of me
The gold that will make you rich;
And anoint your eyes with the heavenly salve
To discern your Maker’s wish. »

Then the awakened Church with deep regret
From her worldly course returned;
She opened her heart to the knock of Christ
As His love in her bosom burned.
And gave her robes and forgave her sins,
And together they sat and supped;
His proffered throne He shared with her
For whom He had suffered much.

O Church of Christ, hear the Spirit’s voice
As He calls through the world today.
Would that every church throughout the realm
Would turn from the world away.
The world will be lost in eternal night,
But the penitent saved for aye.

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