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Un traité complet du ministère de l’apôtre sortirait du cadre de ce livre (L’AUTORITÉ SPIRITUELLE DANS L’ÉGLISE). Je voudrais simplement tracer les grandes lignes de l’autorité apostolique, afin de montrer que le rôle d’apôtre subsiste encore aujourd’hui. Sans aucun doute, les douze apôtres — avec Matthias, qui remplaçait Judas Iscariot (Actes 1:26) — détiennent une place toute particulière (Luc 22:30; Apo. 21:14).

Cependant, les Ecritures mentionnent d’autres apôtres que les douze. Paul et Barnabas (Actes 14:4,14; 1 Cor. 9:1-6), Jacques, le frère du Seigneur (Gal. 1:19), Timothée et Silas (1 Thess. 1:1; 2:6), sont quelques-uns des apôtres qui apparaissent dans les pages du Nouveau Testament.

Il s’en suit que le ministère apostolique s’est prolongé au-delà de la mort des douze premiers. Il ne s’est pas limité au premier siècle. Et il ne s’est pas non plus transmis par le biais d’une hiérarchie institutionnelle.

S’il est vrai que les apôtres n’écrivent plus la Bible aujourd’hui, ils ont encore la commission divine de construire le Corps de Christ (1 Cor. 12:28-29; Eph. 4:11). L’essentiel du travail d’un apôtre est de fonder des églises. Cela ne signifie pas qu’une église ne puisse naître sans la main d’un apôtre. Il semble bien en effet qu’aucun apôtre n’ait établi les églises d’Antioche de Syrie, de Césarée, de Tyre et de Ptolémais.

Mais toutes ces églises ont eu le soutien, peu après leur naissance, d’un travailleur apostolique. En fait, toutes les églises du Nouveau Testament étaient soit fondées, soit grandement aidées, par un travailleur apostolique.

Les travailleurs apostoliques n’établissent pas des missions, des dénominations, des cellules de maison, des organisations para-ecclésiastiques, ni des « églises » institutionnelles. Ils ne fondent que des ekklesias, qui sont établies et maintenues par Jésus Christ — l’Architecte Suprême de l’église (1 Cor. 3:6-15).

Les travailleurs apostoliques sont simplement des frères, que Dieu a établis expressément pour accomplir Son oeuvre (Rom. 1:1; 1 Tim. 2:7; 2 Tim. 1:11). Et ils sont approuvés et envoyés par les croyants qui les connaissent intimement. Considérez Actes 13:1-4:

« Il y avait dans l’Eglise d’Antioche des prophètes et des docteurs: Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius de Cyrène, Manahen, qui avait été élevé avec Hérode le tétrarque, et Saül. Pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saül pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. Barnabas et Saül, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie, et de là ils s’embarquèrent pour l’île de Chypre. »

La vocation d’un travailleur apostolique est personnelle. Mais il est envoyé par le Corps. Un travailleur apostolique, c’est souvent un enseignant, un prophète, ou un évangéliste que Dieu a directement appelé pour effectuer un certain travail dans une localité particulière. Mais il a aussi été envoyé publiquement par une communauté locale de croyants.

Ce sont cette vocation intérieure et cette séparation extérieure qui font d’un homme un travailleur apostolique. Un travailleur apostolique peut aussi être envoyé par un autre travailleur, plus âgé, qui lui sert de mentor (1 Cor. 4:17; 2 Tim. 8:16-23; 12:18; Eph. 6:21-22; Col. 4:7-8; 1 Thess. 3:1-2; 2 Tim. 4:12; Tite 3:12-13).

Il est intéressant de remarquer que le mot grec « apostolos », traduit « apôtre », signifie littéralement, quelqu’un qui est envoyé. Il n’est donc pas question, dans le Nouveau Testament, d’apôtres qui se désigneraient ou s’enverraient eux-mêmes.

Les travailleurs apostoliques, au sens biblique, ce sont ceux qui sont envoyés. Ce sont des hommes itinérants, mobiles, qui critiquent la culture, annoncent l’évangile, et implantent et nourrissent des ekklesias. Quant à la manière dont ils accomplissent ces tâches, et la mesure d’autorité qu’ils possèdent, ce sont là des questions que nous allons aborder dans ce chapitre.

La question de la couverture apostolique

Semblable à la « couverture dénominationnelle », la doctrine de la « couverture apostolique » enseigne qu’une église serait protégée de l’erreur en se soumettant à un apôtre contemporain (un planteur d’églises). Cela se base sur l’idée que les travailleurs apostoliques auraient l’autorité officielle pour diriger et contrôler les affaires d’une église.

Cependant, cette idée est contraire aux enseignements bibliques. Jamais dans le Nouveau Testament un apôtre ne prend la pleine responsabilité d’une église locale une fois que le fondement a été posé. Au contraire, les apôtres du Nouveau Testament reconnaissaient et respectaient l’autonomie spirituelle de chaque église, à partir du moment où elle avait été établie.

Certes, l’église était entre les mains du travailleur pendant qu’il posait les fondements. Mais une fois qu’il était parti, la responsabilité était entre les mains de l’église. Et il finissait toujours par partir!

Au début de la vie d’une église, le fardeau de sa direction tombe sur les épaules du travailleur apostolique. Par la suite, ce sont les anciens qui s’en chargent, lorsqu’il en émerge. Les travailleurs apostoliques sont responsables de leur propre ministère régional. L’église, elle, est responsable de ses propres affaires locales.

Encore une fois, durant le temps où le travailleur donne naissance à une église, celle-ci est entre ses mains. On pourrait comparer cette période à une phase d’incubation. Le travailleur passe son temps à enseigner Christ aux saints et à les préparer au ministère. C’est pour cette raison que Paul s’est loué une maison pour mener des réunions apostoliques, en parallèle avec les réunions de l’église (Actes 28:30-31).

De même, lorsqu’il était à Ephèse, Paul a tenu une réunion apostolique dans l’école de Tyrannus tandis que les croyants locaux se réunissaient dans les maisons (Actes 19:9; 20:20; 1 Cor. 16:19). De telles réunions apostoliques étaient des réunions pour l’oeuvre. Elles avaient pour but de préparer les saints à fonctionner dans une église.

Mais une fois que le travailleur avait posé le fondement, il quittait l’église, et il déléguait toute direction et toute responsabilité aux membres de l’église. Ainsi, les apôtres du premier siècle ne s’installaient jamais dans une église, pour gouverner ses affaires. Ils quittaient toujours l’église.

Paul a quelques fois, il est vrai, passé un temps particulièrement long à planter une église (Corinthe 6 mois; Ephèse 3 ans), mais il la laissait toujours, une fois le fondement posé. Et une fois parti, il ne s’ingérait pas dans les affaires de l’église.

De même, pendant ses deux premiers voyages apostoliques, Paul s’est servi de l’église d’Antioche comme base. Mais il n’a pas dominé, durant ce temps, les affaires de l’église. A Antioche, Paul était simplement un frère respecté. Il n’était pas apôtre de cette église.

Cela explique que le Nouveau Testament fasse mention des anciens d’Ephèse, de Jérusalem, de Philippes, etc., mais qu’il ne soit jamais question des apôtres de ces églises. Durant le temps où les douze apôtres résidaient à Jérusalem, pendant la phase initiale de l’église, le Nouveau Testament ne les appelle jamais « les apôtres de Jérusalem. » Pourtant, le ministère des travailleurs apostoliques complète celui de l’église.

Le ministère apostolique, ou « l’oeuvre » (ergon) comme le nomme la Bible (Actes 13:2; 14:26; 15:38), constitue une entité distincte de l’église. L’oeuvre est régionale. Les églises sont locales. L’oeuvre est transitoire. Les églises sont permanentes. L’oeuvre est une association itinérante. Les églises sont des communautés fixes. Les travailleurs apostoliques sont des voyageurs, et non des colons. Ils sont pionniers, et non stationnaires.

Une lecture attentive des lettres de Paul révèle que généralement, il passait très peu de temps avec les églises qu’il fondait. Bien souvent, il passait quelques mois à poser les fondations de la communauté de croyants, puis ensuite les quittait pour des périodes assez prolongées. Il donnait parfois, pendant son absence, des conseils à l’église (1 Cor. 7:1). Et périodiquement, il lui rendait visite, pour veiller à leur avancement spirituel, et pour les fortifier (Actes 15:36; 18:23; 2 Cor. 12:14; 13:1). Mais jamais il ne prenait en charge leurs affaires internes.

Le fait que Paul quittait ainsi les églises qu’il avait fondées, alors qu’elles étaient encore très jeunes, montre sa confiance que l’église, étant un organisme vivant, serait capable de se développer toute seule, par le pouvoir de la vie divine. Il savait que lorsqu’il quitterait l’église, l’Esprit resterait.

En même temps, les églises fondées par Paul recevaient de l’aide de la part d’autres églises (Actes 16:2; 1 Thess. 1:7-8). Aussi, elles restaient en contact régulier avec Paul. D’ailleurs, même après douze ans, l’église à Philippes avait encore besoin du ministère spirituel de leur apôtre fondateur (Php. 1:23-27).

Il est donc absolument indispensable que les église de maisons actuelles soit soutenues par un travailleur apostolique. Lorsqu’une église ferme ses portes à l’aide extérieure, et s’estime totalement autosuffisante, elle subit une perte formidable. Les églises de maison ne doivent donc pas chercher à se priver de l’aide qu’on pourrait leur apporter. Ce serait suicidaire. (Voir mon livre « So you want to start a house church? » pour plus de renseignements.)

L’oeuvre existe uniquement pour les églises — elle n’a pas de valeur particulière en elle-même. D’ailleurs, c’est l’oeuvre qui produit les églises. En même temps, les églises produisent des travailleurs. (Chaque apôtre du Nouveau Testament, était d’abord un frère fidèle et bien connu dans une certaine église, avant d’être envoyé.) L’oeuvre ne doit jamais rivaliser avec, prévaloir sur, ni se substituer à l’église. Le but de l’oeuvre, c’est d’établir et de fortifier les églises.

En un mot, les travailleurs apostoliques s’occupent de planter et de nourrir des églises à divers endroits. Les véritables apôtres ne s’établissent jamais de manière permanente dans les églises qu’ils plantent. Et ils ne prennent jamais sur elles l’autorité exclusive. On pourrait dire à cet égard que le pasteur moderne en quelque sorte un apôtre stationnaire. Une telle créature est un oxymore spirituel!

Planteurs ou supplanteurs d’églises?

Les apôtres étaient des serviteurs appréciés des églises du Nouveau Testament, mais ce n’étaient pas des usurpateurs (1 Cor. 4:1). Il ne se comportaient pas comme patrons ou gérants vis-à-vis des assemblées.

Autrement dit, les apôtres du premier siècle étaient des planteurs d’église, et non des supplanteurs d’église! C’étaient des assistants, et non des aristocrates spirituels. Des serviteurs, et non des despotes ecclésiastiques. Ils posaient les fondations, ce n’étaient pas des vedettes. Et si les apôtres du premier siècle instruisaient et persuadaient les églises, ils ne les contrôlaient pas pour autant.

Certains, de nos jours, ont exalté la vocation apostolique, mais Paul, lui, considérait que les apôtres étaient « les derniers des hommes … fous … faibles … méprisés … les balayures du monde, le rebut de tous » (1 Cor. 4:9-13). Les vrais travailleurs ne cherchent donc pas la gloire. Ils ne cherchent pas à impressionner les gens (2 Cor. 11:5-6; 1 Thess. 2:5-6). Ils ne cherchent pas le gain financier (2 Cor. 2:17; 11:9). Ils ne dominent pas la vie des autres (2 Cor. 1:24).

Les vrais travailleurs ne s’attribuent pas des qualités éclatantes (2 Cor. 3:1-3). Ils ne prétendent pas à un héritage supérieur (2 Cor. 11:21-22). Ils ne se vantent pas d’expériences spirituelles extraordinaires (2 Cor. 10:12-15; 11:16-19; 12:1-12).

Pour Paul, les travailleurs apostoliques ne sont pas des élitistes spirituels, qui se mettent à part des autres croyants, pour chercher leur avancement personnel. Ce sont plutôt ceux qui ramassent les crottes après le défilé! Ce sont ceux qui versent leur sang pour l’église. Les vrais travailleurs apostoliques sont toujours prêts à servir, discrètement, ceux qui sont dans le besoin.

C’est pourquoi, chercher à s’emparer du pouvoir et à prendre autorité sur les autres, ce n’est pas de l’apostolat (le fait d’être envoyé). C’est ni plus ni moins que de l’oppression dissimulée. Les vrais travailleurs sont avant tout des serviteurs.

Le sceau d’un vrai travailleur apostolique, c’est simplement qu’il fonde des ekklesias comme décrites dans le Nouveau Testament, capables de survivre durant son absence (1 Cor. 9:2; 2 Cor. 3:1-2). Tout ceci est en accord avec l’expérience de Paul — l’apôtre dont le ministère a la plus grande ampleur dans le Nouveau Testament.

Au lieu de dresser des métaphores impériales, Paul compare sa relation avec les églises où il a travaillé aux liens familiaux. Pour les églises, Paul est un père, une mère, et une nourrice (1 Cor. 3:2; 4:14-15;2 Cor. 12:14; Gal. 4:19; 1 Thess. 2:7,11). Il n’est pas seigneur, maître, ni roi!

De même, les tons persuasifs qui dominent dans les écrits de Paul montrent bien qu’il traitait les églises comme un père traiterait ses enfants adultes, et non ses tout petits enfants. En tant que père, il donnait son jugement vis-à-vis des affaires de l’église. Mais il ne proclamait pas des décrés absolus.

La première lettre aux corinthiens illustre bien cette tendance. Le point culminant, c’est lorsque Paul donne son jugement vis-à-vis d’un frère qui commet un inceste. Il fait appel à l’église tout entière pour le discipliner. (1 Cor. 5:1-13).

Progressivement, toutes les églises que Paul avait fondées devenaient de moins en moins dépendantes de lui, pour devenir au contraire de plus en plus dépendantes de Christ (1 Cor. 2:1-5). Et Paul les y incitait (1 Cor. 14:20; Eph. 4:14).

La méthode de Paul pour implanter et nourrir les églises

L’une des caractéristiques les plus puissantes de la méthode de Paul pour implanter les églises, c’était sa soumission aux autres chrétiens. Dès sa conversion, il apprit à dépendre de l’apport spirituel des frères. Sa première leçon de soumission au Corps fut avec Ananias, le frère aux mains duquel Paul reçut l’Esprit, et eut la confirmation de sa vocation (Actes 9:17-19; 22:12-16).

Par la suite, les croyants à Bérée le firent partir (Actes 17:14). Il fut fortifié par ses compagnons d’oeuvre à Corinthe (Actes 18:5). Il fut retenu par les saints à Ephèse (Actes 19:30). Il fut conseillé par les frères à Jérusalem (Actes 21:23). En un mot, Paul savait recevoir le soutien et l’enrichissement de la part des autres (Rom. 15:32; 1 Cor. 16:18; Phil. 2:19; 2 Tim. 1:16).

Malgré sa riche expérience spirituelle et ses nombreux dons, Paul considérait son autorité comme étant relationnelle et fonctionnelle — et non officielle ni sacrée. Pour Paul, l’autorité spirituelle a pour base l’approbation du Seigneur, et non un quelconque poste formel (2 Cor. 10:18).

Cela explique que Paul cherchait pratiquement toujours à persuader les églises de la pensée de Dieu plutôt que d’émettre des ordres stricts. D’ailleurs, ses deux mots préférés pour adresser les saints sont parakalein et erotao. « Parakalein » signifie faire appel. « Erotoa » signifie faire une requête envers un égal.

De la même manière, Paul s’est retenu d’employer le mot « epitage » (=commandement), beaucoup plus fort, pour exiger qu’on lui obéisse. Considérez les textes suivants:

« Je dis cela par condescendance, je n’en fais pas un ordre. » (1 Cor. 7:6)

« Pour ce qui est des vierges, je n’ai point d’ordre du Seigneur; mais je donne un avis, comme ayant reçu du Seigneur miséricorde pour être fidèle. » (1 Cor. 7:25)

« Je ne dis pas cela pour vous donner un ordre, mais pour éprouver, par l’exemple du zèle des autres, la sincérité de votre amour. » (2 Cor. 8:8)

« C’est pourquoi, bien que j’aie en Christ toute liberté de te prescrire ce qui est convenable, c’est de préférences au nom de l’amour que je l’adresse une prière. » (Phil. 8-9)

Lorsque Paul exhorte les croyants à une certaine action ou une certaine attitude, il les « incite », il « sollicite », il « conjure », il « plaide », il « demande », plutôt que d’avoir recours à des ordres autoritaires. Ses lettres sont toujours empreintes de ce ton de coopération. (Voir Rom. 12:1; 15:30, 16:2,17; 1 Cor. 1:10; 4:16; 16:12,15; 2 Cor. 2:8; 5:20; 6:1; 8:6; 9:5; 10:1-2; 12:18; Gal. 4:12; Eph. 3:13; 4:1; Phil. 4:2-3; 1 Thess. 2:3,11; 4:1,10; 5:12,14; 2 Thess. 2:1; 3:14-15, 1 Tim. 1:3; 2:1; Phlm. 9-10,14.)

Paul souhaitait que ses lecteurs s’approprient la vérité et consentent volontairement à ce qu’il leur demandait, plutôt que d’obéir aveuglement. Lorsque son ton était sévère, Paul demandait aux saints d’obéir à Christ et non à lui-même (Rom. 1:5; 16:19,26; 2 Cor. 2:9; Phil. 2:12).

Il est vrai qu’à de rares occasions, il a aussi exigé (paraggello) l’obéissance vis-à-vis de ce qu’il avait écrit (1 Thess. 4:11; 2 Thess. 3:4,6,10,14). Mais ce n’était pas à Paul, en tant qu’homme, qu’ils devaient obéir. C’était plutôt à Christ, dont Paul exprimait alors la pensée.

Autrement dit, toutes les fois où Paul manifestait la pensée de Christ, ses paroles faisaient autorité. Mais à aucun moment Paul n’était lui-même autoritaire. Considérez les passages suivants :

« Je sais et je suis persuadé PAR LE SEIGNEUR JESUS que rien n’est impur en soi, et qu’une choses n’est impure que pour celui qui la croit impure. » (Rom. 14:14)

« A ceux qui sont mariés, j’ordonne, NON PAS MOI, MAIS LE SEIGNEUR … » (1 Cor. 7:10)

« Si quelqu’un croit être prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que CE QUE JE VOUS ECRIS EST UN COMMANDEMENT DU SEIGNEUR. » (1 Cor. 14:37)

« Car nous ne falsifions pas la parole de Dieu, comme font plusieurs; mais c’est avec sincérité, MAIS C’EST DE LA PART DE DIEU, QUE NOUS PARLONS EN CHRIST DEVANT DIEU. » (2 Cor. 2:17)

« Nous ne nous prêchons PAS NOUS-MÊMES; C’EST JESUS-CHRIST LE SEIGNEUR QUE NOUS PRÊCHONS, et nous nous disons vos serviteur à cause de Jésus. » (2 Cor. 4:5)

« Vous vous imaginez depuis longtemps que nous nous justifions auprès de vous. C’EST DEVANT DIEU, EN CHRIST, QUE NOUS PARLONS; ET TOUT CELA, BIEN-AIMES, NOUS LE DISONS POUR VOTRE EDIFICATION. » (2 Cor. 12:19)

« Puisque vous cherchez UNE PREUVE QUE CHRIST PARLE EN MOI, lui qui n’est pas faible à votre égard, mais qui est puissant parmi vous. Car il a été crucifié à cause de sa faiblesse, mais il vit par la puissance de Dieu; nous aussi, nous sommes faibles en lui, mais NOUS VIVRONS AVEC LUI PAR LA PUISSANCE DE DIEU POUR AGIR ENVERS VOUS. »(2 Cor. 13:3-4)

« C’est pourquoi nous rendons continuellement grâces à Dieu de ce qu’en recevant la parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l’avez reçue, NON COMME LA PAROLE DES HOMMES, MAIS AINSI QU’ELLE L’EST VERITABLEMENT, COMME LA PAROLE DE DIEU, QUI AGIT EN VOUS QUI CROYEZ. » (1 Thess. 2:13)

« Vous savez, en effet, quels préceptes nous vous avons donnés DE LA PART DU SEIGNEUR JESUS. » (1 Thess. 4:2)

« VOICI, EN EFFET, CE QUE NOUS VOUS DECLARONS D’APRES LA PAROLE DU SEIGNEUR… » (1 Thess. 4:15)

« Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons PAR LE SEIGNEUR JESUS CHRIST… » (2 Thess. 3:12)

Paul n’était donc pas un homme autoritaire, ni un entrepreneur indépendant. Il disait clairement, de sa propre bouche, que sa vocation apostolique ne l’autorisait pas à dominer les affaires des églises. Paul n’a jamais usé de son droit, en tant qu’apôtre, à recevoir une aide financière de la part de ceux qu’il servait (1 Cor. 9:1-19).

Il avait pour principe de refuser l’argent des églises qu’il était en train de servir. Paul n’acceptait que l’argent des croyants d’une autre région, afin de ne pas être un fardeau pour ceux qu’il aidait actuellement (2 Cor. 11:7-9).

La pensée de Paul par rapport à l’autorité apostolique est cristallisée dans cette affirmation : « Non pas que nous dominions sur votre foi, mais nous contribuons à votre joie … » (2 Cor. 1:24). Eugène Peterson a paraphrasé ce passage comme suit : « Nous ne sommes pas responsables de votre manière de vivre votre foi, nous ne vous épions pas sans arrêt, nous ne sommes ni suspects, ni exagérément critiques. Nous sommes partenaires, nous travaillons avec vous, dans une attente joyeuse. Nous savons que vous tenez par votre propre foi, et non la nôtre. » (Le Message)

C’est en cela que Paul différait énormément de tous ses opposants (2 Cor. 11:19-21).

La source de l’autorité de Paul

L’autorité de Paul était liée à son aptitude à parler la parole du Seigneur dans les communautés qu’il fondait. C’est pourquoi c’était une autorité « pour l’édification et non pour la destruction » (2 Cor. 10:8; 13:10). Paul n’exerçait donc son autorité que dans le seul but pour lequel il l’avait reçue — c’est-à-dire d’édifier les saints. Il n’en abusait jamais pour obtenir la prééminence, le pouvoir terrestre, ni les biens matériels.

Paul reconnaissait que la source de son autorité était Christ Lui-même, tel qu’il est décrit dans l’évangile. C’est pourquoi il invitait régulièrement les saints à juger de ce qu’il disait (1 Cor. 10:15; 11:13; 1 Thess. 5:21). Paul incitait même les saints à rejeter son message s’il n’était pas en accord avec l’évangile (Gal. 1:8-9).

De la même manière, les auteurs du Nouveau Testament dans leur ensemble, exhortent les églises à obéir à la vérité de l’évangile tel qu’on le trouve en Jésus Christ. On ne doit pas obéir systématiquement à des paroles d’hommes. (Rom. 6:17; Gal. 3:1; 5:7; Tite 1:14).

Paul exigeait que les églises l’écoutent dans la mesure où ses paroles reflétaient l’évangile de Christ (Gal. 1:9); et dans la mesure où elles étaient en accord avec l’Esprit de Dieu (1 Cor. 7:40). En effet, Paul était contraint parfois à reprendre les églises. Mais il trouvait toujours cette tâche difficile.

Sa réticence à donner la réprimande se retrouve dans ses lettres aux corinthiens. On y voit clairement que Paul préférait venir à eux dans un esprit de douceur qu’avec une parole de réprimande (1 Cor. 4:21). Mais, lorsqu’il devait leur parler durement, c’est le coeur angoissé qu’il le faisait (2 Cor. 2:4). (La verge dont il est question dans 1 Cor. 4:21 est une image d’une parole de réprimande, plutôt qu’un instrument de subordination forcée ou d’autorité absolue — 2 Cor. 10:3-6.)

Dans son amour pour les corinthiens, Paul avait tant de compassion paternelle, qu’il craignait, après leur avoir écrit, d’avoir été trop dur (2 Cor. 7:8). Manifestement ce qui poussait Paul à oeuvrer et à souffrir continuellement pour les églises, c’était son amour débordant pour leurs âmes (2 Cor. 12:15; Phil. 2:17-21; Col. 1:24; 1 Thess. 2:8).

Puisque bien souvent, Paul annonçait la parole du Seigneur, il pouvait dire que ceux qui rejetaient ses paroles ne le rejetaient pas lui, mais Christ (1 Thess. 4:8). Car d’après Paul, « Dieu […] vous a aussi donné son Saint Esprit. » (4:8). Mais même aux moments où la parole du Seigneur était dans sa bouche, Paul voulait que les croyants reconnaissent qu’il n’exprimait pas ses propres pensées, mais celles de Dieu (1 Cor. 14:37-38).

Il est clair que Paul demandait, sur la base de sa fidélité dans le service, à ce que les saints lui fassent confiance (1 Cor. 4:1-5; 7:25; 15:10; 2 Cor. 1:12; 4:1-2). Cependant, Paul s’intéressait d’avantage à ce que ses convertis l’imitent dans sa marche qu’à ce qu’ils écoutent ses paroles (1 Cor. 4:16; Gal. 4:12; Phil. 3:17; 4:9; 2 Thess. 3:7). Bien-sûr, Paul ne pouvait se présenter comme un modèle à suivre, que dans la mesure où sa vie reflétaient celle de Jésus Christ (Actes 20:34-35; 1 Cor. 11:1).

Tout cela se résume en disant que la source de toute autorité spirituelle, c’est Christ. Le moyen de l’autorité spirituelle, c’est la Parole de Dieu. La pratique de l’autorité spirituelle, c’est une vie brisée et un service dévoué. Et le but de l’autorité spirituelle, c’est l’édification spirituelle.

Dans la pensée de Dieu, l’autorité est indissociable de la croix. Et ce principe est mis à l’oeuvre durant tout le ministère apostolique de Paul.

Il faut bien comprendre que les écrits bibliques composés par Paul et par les autres apôtres sont inspirés, et, en ce sens, ils font autorité. Ils représentent la voix de Dieu dans les Saintes Ecritures. Mais dans ce chapitre, nous examinons, dans les écrits de Paul, la relation entre le travailleur et l’église. Si nous lisons les lettres de Paul dans cette optique, nous verrons qu’il n’était pas autoritaire.

Le caractère non-autoritaire des autres apôtres.

Voyons à présent comment les autres apôtres du premier siècle envisageaient l’autorité spirituelle. Timothée était aussi non-autoritaire que l’était Paul. Jamais Paul n’a donné à son jeune compagnon d’oeuvre le droit d’exercer un pouvoir formel sur les saints. Il l’a plutôt encouragé à « exhorter » les saints avec humilité. Il lui aussi enseigné de cultiver une relation familiale avec l’église (1 Tim. 5:1-2; 2 Tim. 2:24-25; 4:2).

A un endroit, Paul lui écrit : « Ordonne ces choses, et enseigne-les » (1 Tim. 4:11,DB). Mais ces « choses » que Timothée doit « ordonner », ce sont les paroles de l’Esprit (4:1). Et elles sont confirmées par la bonne doctrine (4:6). Comme Paul, Timothée travaillait avec et non sur les gens.

De même dans Tite 2:15: « Dis ces choses, exhorte, et reprends, avec une pleine autorité (epitage) ». Il faut comprendre ce verset dans la continuité de son injonction précédente : « Pour toi, dis les choses qui sont conformes à la sainte doctrine » (Tite 2:1). Autrement dit, Tite était libre de reprendre, d’exhorter, et de dire avec autorité tout ce qui reflète la vérité de Jésus Christ. (Car c’est en Lui qu’est investie l’autorité.)

Les lettres de Jean ont ce même ton non-autoritaire. Comme Paul, Jean ne s’ingérait pas dans les affaires de l’église, et il ne prétendait pas au droit de gouverner les saints. Lorsque Diotrèphe usurpait l’autorité dans une certaine église, Jean n’a pas cherché à le répudier. Il a seulement exhorté les saints à ne pas suivre ceux qui font le mal (3 Jean 9-11).

Jean avoue qu’il n’a pas de commandement à donner (1 Jean 2:7; 2 Jean 5-6). Il met plutôt en avant le nouveau commandement de Christ — c’est-à-dire l’amour. A tous points de vue, sa perception de l’autorité est sensiblement la même que Paul.

Encore une fois, la conclusion inévitable, c’est que les travailleurs apostoliques ne détiennent pas d’autorité officielle sur les églises. Ils ne les possèdent pas au sens formel. Et ils n’en font pas non plus des dénominations conformes à leurs propres idées, et assujetties à leur propre ministère.

Un vrai travailleur apostolique met son ministère au service des églises; et non les églises au service de son ministère!

Le ministère de l’apôtre du premier siècle était donc plutôt un service qu’une domination. C’est pourquoi Paul parle des églises qu’il avait fondées en des termes non-hiérarchiques. Il les appelle « frères », « compagnons d’oeuvre » (2 Cor. 5:20-6:1; 7:3; Phil. 1:5,7; 2:17). Lorsqu’il leur parlait, il parlait comme étant l’un d’eux — en égal. Il ne leur parlait pas comme étant supérieur (1 Cor. 5:2-3; Col. 2:5).

Ainsi, les apôtres du Nouveau Testament ne contrôlaient pas les églises. Et les églises ne contrôlaient pas les apôtres. Les mots de Paul dans Galates 4:12 montrent clairement la relation de coopération qui existait entre eux : « Soyez comme moi, car moi aussi je suis comme vous … ».

La confiance de Paul envers les églises

Contrairement au clergé moderne, Paul faisait confiance aux églises qu’il fondait. Il avait l’assurance que les communautés de croyants obéiraient à Dieu. Il avait aussi confiance qu’elles fonctionneraient correctement durant son absence. Considérons les textes suivants :

« J’ai cette CONFIANCE EN VOUS, DANS LE SEIGNEUR, que vous ne penserez pas autrement. » (Gal. 5:10)

« NOUS AVONS A VOTRE EGARD CETTE CONFIANCE DANS LE SEIGNEUR que vous faites et que vous ferez les choses que nous vous recommandons. » (2 Thess. 3:4)

« AYANT EN VOUS TOUS CETTE CONFIANCE, que ma joie est la vôtre à tous. » (2 Cor. 2:3)

« Je me réjouis DE POUVOIR EN TOUTES CHOSES ME CONFIER EN VOUS. » (2 Cor. 7:16)

« Nous envoyons avec eux notre frère, dont nous avons souvent éprouvé le zèle dans beaucoup d’occasions, et qui en montre plus encore cette fois, à cause de SA GRANDE CONFIANCE EN VOUS. » (2 Cor. 8:22)

« Pour ce qui me concerne, mes frères, JE SUIS MOI-MÊME PERSUADE QUE VOUS être pleins de bonnes dispositions, remplis de toute connaissance, et capables de vous exhorter les uns les autres. » (Rom. 15:14)

« C’EST EN COMPTANT SUR TON OBEISSANCE que je t’écris, sachant que tu feras même au-delà de ce que je dis. » (Phm. 21)

« JE SUIS PERSUADE QUE celui qui a commencé en vous cette bonne oeuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus Christ. » (Phil. 1:6)

« Quoique nous parlons ainsi frères, NOUS ATTENDONS, POUR CE QUI VOUS CONCERNE, DES CHOSES MEILLEURES et favorables au salut. » (Héb. 6:9)

Même au milieu du désordre qui régnait dans l’assemblée de Corinthe, Paul n’a pas décidé de mettre fin au caractère ouvert des réunions d’église. Et il n’a non plus interdit aux frères d’exercer leurs dons. Au lieu de cela, il leur a donné des règles générales pour mettre de l’ordre dans leurs réunions. Et il avait confiance qu’ils s’y tiendraient (1 Cor. 14:1).

Les clergés modernes considèrent qu’ils ne peuvent « permettre » aux frères (dans leurs assemblées) d’exercer librement leurs dons, de peur qu’ils ne soient « incontrôlables »; mais la pensée de Paul à ce sujet est radicalement opposée.

Tout d’abord, Paul ne se considérait pas en droit « d’autoriser » ni « d’interdire » au peuple de Dieu de fonctionner dans l’église. Nul n’a ce droit!

Deuxièmement, Paul avait une totale confiance en son ministère. A tel point qu’il permettait aux églises de conduire des réunions ouvertes sans aucune direction humaine. Pas même la sienne! Ainsi, Paul bâtissait bien. Il cherchait à apprendre aux saints à bien fonctionner même durant son absence.

Inversement, lorsque le clergé moderne exprime son manque de confiance envers le peuple de Dieu, en lui interdisant de mener des rassemblements ouverts, il porte une accusation contre son propre ministère! Car il n’y a rien de tel pour mettre à l’épreuve l’enseignement qu’a reçu une communauté, qu’un rassemblement ouvert où chacun a la possibilité de participer.

Si l’on considère dans cette optique l’horizon chrétien, il va sans dire que ce n’est jamais en prêchant un sermon de 45 minutes tous les dimanche matin qu’on parviendra à véritablement former les saints! Ecouter des sermons, alors qu’on est immobilisé sur un banc d’église, cela n’a jamais fait que former une prêtrise muette. Cela n’engendre pas la croissance spirituelle. (Voir « Rethinking the Winskin » pour plus de détails sur les réunions d’église du premier siècle.)

La relation de Paul avec ses compagnons d’oeuvre

Passons à la relation de Paul avec ses comparions d’oeuvre. Comment Paul traitait-il ceux qui faisaient partie de son équipe apostolique ?

L’autorité spirituelle s’exprimait dans le cadre de l’oeuvre apostolique. Et Paul était au centre de sa bande apostolique. (Remarquez que Paul et les autres travailleurs n’étaient pas des entrepreneurs indépendants. Ils voyageaient toujours à plusieurs, ce qui n’est quasiment jamais le cas des « apôtres » prétentieux d’aujourd’hui.)

Paul prenait clairement la responsabilité de diriger l’oeuvre, et il gérait aisément les déplacements de ses compagnons d’oeuvre (Actes 16:1-4,9-10; 17:15, 19:21-22; 20:3-5, 13-15; 1 Cor. 4:17; 2 Cor. 8:18-23; Eph. 6:21-22; Phil. 2:19, 23, 25, 28; Col. 4:8-9; 2 Tim. 4: 9-13, 20-22; Tite 1:5; 3:12-13). Mais il n’y avait pas pour autant parmi eux un système hiérarchique figé, dont Paul serait le président!

C’est pourquoi, Paul n’exige jamais de ses compagnons de le suivre aveuglement. Comme avec les églises, Paul cherchait le consentement de ses collègues à chaque fois qu’il leur demandait quelque chose (1 Cor. 16:10-12; 2 Cor. 18:6,16-18; 9:5, 12:18; Phil. 2:22-23).

Parfois, Paul s’est soumis à la volonté de ses compagnons d’oeuvre (1 Cor. 16:12). Aussi, il leur laissait la possibilité de différer d’opinion (Actes 15:36-41). L’envoi de Tite, tel qu’il est raconté dans 2 Corinthiens 8:17, souligne la relation de coopération qui existait entre Paul et ses compagnons d’oeuvre : « Car il [Tite] a accueilli notre demande, et c’est avec un nouveau zèle et de son plein gré qu’il part pour aller chez vous. » Si Paul prenait la direction de l’oeuvre apostolique, c’est simplement parce qu’il était plus avancé spirituellement que ses compagnons. Ce n’était pas une question de position ecclésiastique. La relation de Paul avec ses compagnons d’oeuvre était donc coopérative et non autoritaire.

Comme Paul exerçait de l’autorité spirituelle dans l’oeuvre, la soumission de ceux de son groupe était volontaire et personnelle. Elle n’était jamais formelle ni officielle. Paul, quant à lui, ne considérait pas les douze premiers apôtres comme ayant une quelconque autorité hiérarchique sur lui. Il n’avait aucun égard au statut « apostolique » (Gal. 2:6-9). Souvenez-vous qu’à une occasion, lorsqu’un vérité fondamentale était en cause, Paul n’a pas hésité à reprendre en public l’un des plus grands apôtres (Gal. 2:11-21).

Les apôtres dépendent du Corps

L’idée que les travailleurs apostoliques auraient l’autorité sur les églises locales est indéfendable. De même l’idée que certains travailleurs auraient une autorité officielle sur les autres. Ces idées ne sont que des inventions humaines. Elles sont en désaccord avec l’expérience de Paul.

Les travailleurs apostoliques, comme tous les autres ministères du Corps de Christ, doivent dépendre du Corps, s’ils veulent recevoir la plénitude de Christ. Cela est clair dans l’ouverture de la lettre de Paul aux romains. Il dit qu’il désirait non seulement les bénir par ses dons (1:11), mais aussi être béni par les leurs (1:12; 15:32).

Il ne faut pas oublier que Dieu condamne toujours l’indépendance et l’individualisme. Si nous sommes dépendants de Dieu, nous ne pourrons être indépendants les uns des autres. Dieu ne permet jamais à son peuple de faire « ce qui lui semble bon » (Deut. 12:8). Car « celui qui se tient à l’écart cherche ce qui lui plaît, il s’irrite contre tout ce qui est sage » (Prov. 18:1).

Dieu n’a donc consigné aucun de nous, les travailleurs inclus, au petit cercle de notre propre existence, où nous pourrions choisir notre propre chemin. Ceux qui comprennent leur relation avec Dieu de manière seulement « verticale » (« moi et Jésus seuls ») se trompent eux-mêmes, et accomplissent les paroles du sage : « La voie de l’insensé est droite à ses yeux, mais celui qui écoute les conseils est sage » (Prov. 12:15).

Aussi spirituel que puisse être un croyant, il a toujours besoin de ce que peuvent lui apporter ses frères et soeurs en Christ. Car même le puissant Moïse eut besoin d’Aaron et de Hur pour fortifier ses bras au jour de la bataille (Exod. 17:10-13).

Bien-sûr, tout cela ne signifie pas pour autant que les travailleurs apostoliques ne posséderaient aucune autorité spirituelle. Mais, encore une fois, l’autorité spirituelle est fondamentalement différente de l’autorité positionnelle/hiérarchique.

Dans le Seigneur, l’autorité existe. Mais elle est liée à la fonction et non au poste. Remplir une fonction et remplir un poste sont deux choses fondamentalement différentes. Le poste sépare les frères. Mais la fonction, attribuée à quelqu’un par l’Esprit, les édifie ensemble.

Comme nous l’avons vu, les lettres de Paul reflètent un esprit non-autoritaire, et coopératif. Pourtant, comme beaucoup de chrétiens lisent le Nouveau Testament avec l’idée préconçue que Dieu avait délégué aux apôtres une très grande autorité, ils ne voient pas le caractère non-autoritaire des écrits de Paul. Cela prouve que la conception moderne de l’autorité apostolique ne reflète pas l’esprit de Paul.

Le ministère d’apôtre aujourd’hui

Il ne manque pas aujourd’hui de ces « apôtres » modernes, fiers et ambitieux, qui se désignent eux-mêmes leur vocation, et qui courent partout dans le Corps de Christ, pour proclamer des décrés autoritaires, s’accaparer des disciples et se construire des empires. Par conséquent, un grand nombre de chrétiens en ont conclu qu’il n’existerait plus d’apôtres aujourd’hui.

Sachez cependant qu’il n’en est rien. Dieu a élevé, en ce siècle, d’authentiques travailleurs apostoliques. Ce sont ceux qui ont marché — et qui marchent — dans l’esprit de Paul. Comme Paul, ces travailleurs ne cherchent pas à se bâtir des empires chrétiens ni à créer des mouvements. Et ils ne recherchent pas non plus la gloire et la renommée des hommes (1 Cor. 1:13; 3:7,21).

A quoi ressemble donc un travailleur apostolique contemporain? Si vous appartenez à une église institutionnelle, vous n’en avez probablement jamais vu. Bien-sûr, vous avez vu ceux qui se revendiquent d’être apôtres. Ou du moins, vous avez entendu parler d’hommes auxquels on attachait le titre d’apôtre. Mais de tels hommes manquent souvent les qualités du véritable travailleur.

Les vrais travailleurs, ce sont ceux, au contraire, qui se cachent, et non ceux qui se mettent en avant. Le plus souvent, leur travail passe inaperçu. Leur service ne se fait pas remarquer. Les vrais travailleurs ne bâtissent pas dénominations, programmes, missions, bâtiments, ni organisations para-ecclésiastiques! Ils bâtissent exclusivement l’ekklesia de Jésus-Christ! (Remarquez que Dieu utilise ceux qui ont le coeur humble pour la construction de Sa maison — Es. 66:1-2.)

De plus, ils n’annoncent pas sur tous les toits qu’ils sont apôtres! D’ailleurs, il y a de grandes chances qu’ils n’utilisent même pas ce terme. Et comme ils ne se joignent pas aux dernières modes ecclésiastiques, ils n’appartiendront probablement à aucun mouvement organisé, ni aucune église institutionnelle. Et, généralement, vous ne les trouvez pas dans les journaux chrétiens.

Quoiqu’ils soient moins nombreux que ces « super-apôtres » bruyants et extravagants de notre temps, les vrais travailleurs effectuent une oeuvre plus profonde et plus utile pour le Seigneur, en vue de l’accomplissement de Son dessein éternel en Christ, parce qu’ils construisent Son église, à Sa façon.

Tout ceci pourrait se résumer comme suit: les chrétiens modernes doivent être conscients de leur besoin du ministère apostolique, généreux dans leur soutien des travailleurs apostoliques, mais méfiants vis-à-vis de ceux qui revendiquent le statut d’apôtre.