Gethsémané, le lieu d’une agonie sanglante. Par Michelle d’Astier de la Vigerie

Sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. Luc 22 : 44b

Parfois il faut que nous vivions certaines épreuves pour comprendre en profondeur la Parole de Dieu.

Récemment, j’ai eu un « accident ». J’ai glissé dans ma douche, un espace restreint où je n’avais rien de solide où m’accrocher pour me relever. Trop lourde, ne pouvant me servir des muscles de mes jambes handicapées, j’étais clouée au sol.

 

Pas de téléphone à portée de main, donc pas moyen d’avertir qui que ce soit afin d’être aidée. J’ai très vite réalisé que j’étais dans une impuissance absolue. Il était 22h, personne n’arriverait chez moi avant le lendemain en fin de matinée. J’étais condamnée à passer la nuit dans cette position très inconfortable, trempée (aucune serviette à portée de main), avec en sus un sérieux risque d’hypoglycémie. À mon âge, ça craint !

J’ai crié à Dieu. Lui, Il devait avoir la solution ! Je me suis alors rendu compte que ma main droite pouvait atteindre, à l’extérieur de la douche, le bord d’une vasque de faïence : du solide. Alors, j’ai décidé de m’extraire, coûte que coûte. De ma main droite, je tirais, de ma gauche, je tentais de me soulever. Les efforts étaient vraiment terribles, simplement pour déplacer mon corps d’un millimètre, car je n’avais dans les bras aussi quasiment aucune force. Il m’a fallu vingt à trente minutes – cela m’a paru interminable, mais j’estime y avoir passé ce temps d’après l’heure à laquelle j’ai pu enfin me relever – en gagnant millimètre par millimètre -, au prix d’efforts surhumains, pour m’extraire de la cabine et pouvoir me relever.

Ma tête tournait, mais, merci Seigneur, je n’avais rien de cassé. Je me suis étendue et vite endormie. Le lendemain matin, je me suis aperçue que mes mains, mes bras et avant-bras étaient couverts de bleus, des grandes taches sombres qui allaient au cours des jours suivants devenir noires. Des ecchymoses comme si j’avais été rouée de coups de batte de base-ball. Douze jours après, j’ai toujours les marques. Il y avait d’autres dégâts: muscles, tendons, vertèbres…

Ces ecchymoses montraient que quantité de petits vaisseaux ou veinules s’étaient rompues. Et cela m’a donné à réfléchir sur ce qui s’était produit à Gethsémané.

Une de mes amies, avec qui je partage le lendemain matin ma mésaventure, ses conséquences, et mon parallèle avec Gethsémané, m’explique qu’elle avait assez souvent observé un phénomène chez les étudiants passant un examen. L’intensité de leur concentration, mêlée avec l’anxiété, amenait chez certains une montée de sang à la tête. Ces jeunes devenaient rouges. Sans doute l’effort intellectuel était tel que le sang montait au cerveau pour apporter de l’oxygène complémentaire. Notons que c’est aussi un phénomène que l’on voit lors de colères homériques : la personne devient toute rouge, et c’est d’ailleurs passé dans le langage courant:

« Le rouge me monte au front », « le rouge me monte aux joues » (lors d’émotions fortes). Rouge de la honte, rouge de la colère, le visage s’empourpre, et parfois on rougit de timidité.

MAIS DES GRUMEAUX DE SANG QUI SORTENT ET TOMBENT AU SOL, MÊLÉS À LA SUEUR ? C’était bien au-delà de ce que je venais de vivre, très, très au-delà.

DES GRUMEAUX DE SANG, donc des caillots de sang, des boules de sang agglomérées, qui parviennent à traverser la peau, avec l’aide de la sueur. Notons que Jésus, apparemment, est le seul cas connu d’une telle manifestation physiologique.

La sueur elle-même, pourquoi ? Jésus ne faisait aucun effort physique.

La médecine répond: Cause de l’hyperhidrose (sueur anormale) du visage: (entre autres) stress intense ou anxiété.

Stress intense…

Cette heure que Jésus passe tout seul à confronter par l’esprit ce qui va lui advenir déclenche un stress indescriptible.

Et les grumeaux de sang ? Hémathidrose, phénomène bien trop rare pour être reconnu par les disciples.

Qui en a été témoin ? Personne. Les trois disciples présents dormaient. Par contre quand ils ont été réveillés par Christ, ils ont dû voir les traces de sang et de sueur sur son crâne, sur ses cheveux, sur son front, sur sa barbe, sur ses mains, et bien sûr sur sa tunique. Son visage devait être ravagé après ce qu’il venait de vivre durant une heure. Peut-être même ont-ils vu le sang continuer à couler sur la terre, en grumeaux.

C’est là-même, à Gethsémané, que l’on est venu l’arrêter peu après. Il devait avoir le même aspect: un homme couvert de sueur et de grumeaux de sang. Jésus était un homme public, tout le monde le connaissait. Mais les soldats romains ne l’ont pas reconnu, justement parce qu’Il n’avait plus le même aspect. C’est bien pourquoi ils avaient besoin de Judas, un très proche de Christ, pour Le reconnaître :

JN 18:4 Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s’avança, et leur dit : Qui cherchez-vous ? 5 Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Et Judas, qui le livrait, était avec eux. 6 Lorsque Jésus leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre. 7 Il leur demanda de nouveau : Qui cherchez-vous ? Et ils dirent : Jésus de Nazareth. 8 Jésus répondit : Je vous ai dit que c’est moi. 

Beaucoup, beaucoup de témoins !

Luc en a entendu le récit et la description. Il est médecin, il sait ce dont il s’agit et qu’il va décrire. L’hémathidrose, le dictionnaire le dit, est un phénomène très rare. Il se produit dans des conditions très spéciales : un ébranlement moral énorme, une émotion d’une intensité extrême. Ce peut être une grande peur, une frayeur incoercible, l’épouvante, quelque chose qui pourrait conduire à l’apoplexie, à un AVC, à une rupture d’anévrisme, à la mort.

C’est ce que Luc exprime par « agonia », qui en grec, signifie lutte et anxiété. « Et Sa sueur devint comme des gouttes de sang roulant jusque par terre. » 

C’est pour qu’il ne meure pas que l’ange est venu le fortifier AVANT QUE LA VISION NE COMMENCE.

Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne.  Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. Étant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. »

                                                                                       Luc 22 : 42 à 44

Quelle est cette vision ? La Bible nous le dit: une coupe de souffrances physiques et morales épouvantables. II sait (Jn 18:4) qu’Il va être arrêté, accusé à tort, outragé, torturé, moqué, fouetté, crucifié. Il voit par avance les souffrances morales car tous – Il le sait, tout autant qu’Il savait que Pierre le renierait et que Judas le trahirait- vont l’abandonner, il va être mis nu, on lui crachera dessus, il sera tourné en dérision. Et le pire de tout, en devenant l’homme de péché, il va ressentir la puanteur du péché du monde sur Lui et en Lui et être abandonné de son Père !

IL AGONISE DE TERREUR FACE À LA SOUFFRANCE QUI L’ATTEND, LE SANG SORT DES VEINES DILATÉES ET SE MÊLE À LA SUEUR SORTANT DE GLANDES DILATÉES.

Quelle est sa réaction ? « IL PRIE PLUS INTENSÉMENT ». Nous, nous appellerions le SAMU ! Que demande-t-Il dans sa prière intense ? Pas que la coupe s’éloigne de Lui. Cette prière, il l’a déjà faite, il y a renoncé. Il prie, forcément, pour être capable de supporter sans fléchir le supplice qu’Il a accepté par avance, et pour que la mission pour laquelle Il est venu sur terre comme un simple homme, soit pleinement accomplie.

Pourquoi a-t-Il choisi Gethsémané pour y commencer Son agonie ?

Christ venait à Gethsémané pour prier. C’était un lieu qu’Il connaissait bien pour y être venu très souvent auparavant … L’endroit qu’Il aimait le plus était le lieu où Il était appelé à souffrir le plus.

(https://www.rlhymersjr.com/Online_Sermons_French/2016/030616PM_TheBloodySweat.html)

Les tortures par les Romains, avec l’approbation du Sanhédrin, puis la crucifixion jusqu’à ce que mort s’ensuive, nous parlent de souffrances physiques, et des souffrances de la trahison et de l’abandon. Et c’est toujours sur les souffrances du fouet puis de la croix que nous fixons nos regards.

Mais Géthsémané, avant la croix, nous parle de souffrance morale extrême. Jésus vit par avance ce qu’Il doit subir. Il passera deux fois par l’agonie, la première, en vision, pour porter nos souffrances morales insupportables, la deuxième dans la chair, pour expier nos péchés et guérir nos douleurs physiques et nos maladies.

On peut se demander pourquoi le Père a permis à Jésus de voir par avance ce qu’Il allait subir ? C’est une pratique courante chez les tortionnaires ! L’annonce aux victimes des tortures qui les attendent en brise beaucoup. Ils commencent à craquer avant même que les tortures aient démarré, ou bien ils craqueront plus vite, sauf rares exceptions.

Oui, pourquoi cette torture supplémentaire, alors que Jésus avait déjà accepté de faire la volonté de son Père, quelle qu’elle soit ?

Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne.   (Lu:22:42). 

Cela ne suffisait-il pas ?

Non ! Dieu voulait aussi lui faire porter une épreuve parmi les plus terribles qui soient. Continuer dans sa détermination à obéir au Père, en toute connaissance de cause des supplices à venir. « Il a plu à l’Eternel de le briser par la souffrance » (Es 53.10). On a du mal à comprendre. Comment Dieu peut-Il se complaire à en rajouter aux souffrances infligées par les hommes ! La raison nous est donné au verset suivant: « 

« Es 53:11 A cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards; Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d’hommes, Et il se chargera de leurs iniquités. »

Dieu a un but suprême: le salut de l’humanité. Il est dans son Fils, le Fils est dans le Père, Jésus l’a dit. Il participe pleinement aux souffrances du « Fils de l’homme » qu’Il a envoyé sur terre et dans lequel il vit pleinement.

 

Mais pour le  » Fils de l’homme », justement parce qu’à cet instant, il n’était qu’un homme souffrant à hurler. La tentation était terrible, quasi inimaginable. Car Jésus savait que s’il demandait au Père d’ôter cette coupe, le Père le ferait. N’est-il pas écrit ?

Jn 11: 22 Mais, maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.

Jésus le rappellera quand on vient l’arrêter:

 Matthieu 26:53

Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ?

Oui, Jésus a aussi porté, en sus de nos souffrances physiques, toutes nos souffrances morales, toutes nos terreurs, et même les plus terribles qui soient. Jusqu’à en avoir de la sueur mêlée de sang qui dégouline de son crâne, le siège de ses pensées.

C’est vraiment le PRESSOIR (Gethsémané signifie « pressoir »). La pression contre la tentation de reculer, face à la perspective des horribles tortures qui l’attendent, a été terrible, terrible, terrible. Vaisseaux sanguins et glandes se sont dilatées. Certains ont peut-être éclaté.

Parfois, au sein du peuple de Dieu, on cherche avant tout la guérison des maladies physiques. On prie pour ceux qui en sont atteints, surtout si l’on a soi-même subi ce genre de choses. Mais qui prie pour ceux qui vivent des souffrances morales si horribles qu’ils n’en parlent la plupart du temps à personne ? C’est parfois trop inimaginable pour qu’on puisse même les croire. Comme Jésus, ils se retrouvent seuls: leurs meilleurs amis, leurs proches, s’endorment sans se soucier de ce qui se déroule pourtant quasiment sous leurs yeux. Ensuite, ils abandonnent ce fardeau trop lourd à porter, comme les disciples ont tous abandonné Jésus quand on est venu l’arrêter. Hormis Jean, même pas un seul au pied de la croix, quand il agonisait physiquement et visiblement, cette fois.

Dépressifs, victimes de pervers narcissiques, chrétiens ne voyant plus que le suicide comme solution à une situation insoutenable, … Jésus l’a vécu. Il peut les comprendre et Il entend leurs cris. Cela fait partie des douleurs dont Il s’est chargé. Donc, au milieu des pires moments d’angoisse ou de souffrance morale, Il peut apporter la paix à ceux qui ont foi en Lui.

Et nous, dormons-nous en préférant ne pas voir l’agonie par laquelle certains de nos frères, tout proches, passent ? Ou bien avons-nous reçu cette empathie qui nous permet de voir la détresse infinie dans le regard de celui qui, parfois, fait tout pour sourire parce qu’il a honte de ne pas paraître joyeux comme tous les autres frères et soeurs ?

Et face à l’agonie mentale d’autrui, détournons-nous le regard en ressentant notre impuissance, ou prions-nous « plus intensément » ? Au moins pour que notre frère (ou soeur) soit capable de la soutenir, sans défaillir, sans y perdre la foi.

Que le Seigneur vous bénisse.

  1 Comment

  1. Lino   •  

    Article poignant ! Un grand merci Mme D’Astier. Que Dieu vous bénisse et vous garde.

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